Mel B, Mel C, Victoria et Emma auraient pu s'abstenir de remettre quatre couverts autour de la même table

BRUXELLES Il y a quelques jours, Mel B la frisée nous disait que si ses copines et elle sortent un 3e album, c'est avant tout pour faire plaisir à leurs nombreux fans. A l'écoute de Forever, qui era chez les disquaires dès mardi (pas avant!), nous ne sommes pourtant pas sûrs que ces derniers tapent autant du pied que par le passé.

Principalement conçues, arrangées et produites par Rodney et Fred Jerkins (Britney Spears, Janet Jackson...), les dix nouvelles chansons des Spice Girls (la 11e, c'est le single Goodbye et il ne date pas d'hier!) n'ont en effet plus le sel fraîchement poppy et rentre dedans d'anciennes ritournelles comme Wannabe. Et, pour dire les choses platement, les Anglaises ont à leur tour succombé à la tentation de ce R & B qui fait tellement fureur aux Etats-Unis. Dans le détail, voilà ce que ça donne:

S'ouvrant par le single Holler (dont l'intro ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de He Wasn't Man Enough de Toni Braxton), les filles annoncent leurs nouvelles couleurs, à savoir des beats qui s'emballent à peine et optent pour la caresse. Même si le refrain, en soi, n'est pas mollasson.

Mêmes contours lisses pour Tell Me Why, où les tripes d'autrefois se sont aplanies et où les voix s'effacent derrière le son, plutôt artificiel. Ce morceau n'est pas mauvais, il est juste impersonnel à mort!

L'actuel single des Spice, Let Love Lead The Way, arrive en 3e position. La quiétude et l'espoir sont au menu de la ballade (´laisse l'amour faire les choses´) mais, encore une fois, quel manque de conviction!

Un R & B et une funk moites caractérisent ensuite Right Back At Ya, dont on est toujours en train de chercher la ligne mélodique. Contrairement au timbre vocal de Mel C, qui, d'un titre à l'autre, n'arrête pas de se dégager.

Get Down With Me présente un tout petit peu de rythme, d'attitude et de coquinerie mais, rien à faire, l'esprit Spice ne se démarque toujours pas. Surtout avec ces rappeurs qui, à l'arrière, auraient été engagés par n'importe qui!

Sur Wasting My Time, on voit les filles battre des cils, se remettre du rouge à lèvres et bouger le moins possible de peur de froisser leurs bustiers de soie, comme les Desiny's Child ou les TLC, et on reste perplexe. Le gimmick central du morceau, s'il était plus appuyé, pourrait pourtant plaire, on en est certain!

Dans cet enchevêtrement de mélodies trop sages et dont on dirait qu'elles ont été filtrées, Weekend Love s'avère des plus potables. Mais c'est une autre ballade et elle est sauvagement démolie par une intrusion rap tout aussi inutile que ridicule. A se distiller un soir de plus, et Dieu sait si nous n'allons pas en manquer!

Avec Time Goes By, Mel B, Mel C, Emma et Victoria (qui, comme d'hab', cosignent chaque titre de Forever) enfoncent le clou d'une tristesse et d'une mélancolie à forte odeur de préfabriqué. Comment, avec ce qui a précédé, pourrait-il en être différemment?

Des envies d' encanaillement et de lâcher prise sur If You Wanna Have Some Fun ? Oui, mais raisonnablement. Il ne faudrai pas se casser un talon aiguille... Bref, à nouveau, les Spice semblent retenues par la sophistication qui est la leur désormais. Dommage, d'autant que ce titre est en définitive le plus sympa de l'opus. Même étouffé à ce point.

Et une ultime vague de romantisme et de vent dans le brushing pour boucler la boucle. Oxy gen porte bien son nom. C'est une composition pleine d'espace, aérienne, volatile et, assez automatiquement, insipide. Dommage mais pas grand- chose, comme vous le constaterez, n'est à retenir du retour des filles épicées. Qu'elles soient bientôt traitées de filles fades ne nous étonnerait d'ailleurs pas. Nous attendons vos appréciations...

Spice Girls, Forever (Virgin). Sortie mardi 7.

Photo: Mélanie C