Un Best of implacable de deux heures dans lequel elle s'attaque à Bush Jr. Britney doit encore apprendre...

Page spéciale dans la DH numérique

LOS ANGELES Un instrumental aux sonorités asiatiques. Deux écrans géants mobiles qui diffusent des plans saccadés en ombres chinoises. Et puis, émergeant des fumigènes qui envahissent une scène dénudée de tout artifice, Madonna qui sort de nulle part pour exécuter avec grâce et légèreté grand écart, ponts et autres exercices acrobatiques...

C'est une intro très zen que Madonna nous offre en ce deuxième concert de sa tournée mondiale. La première a suscité des commentaires mitigés dans la presse américaine. Ce soir, dans le gigantesque Forum, ancien théâtre des exploits des Lakers (l'équipe de basket locale) reconverti en salle de concert, il n'y a pour l'instant pas une voix, pas un cri, pas une attitude qui pourraient être interprétés comme du mécontentement. Pas de satisfaction non plus. En fait, tous les spectateurs, qui ont dépensé officiellement entre 48 et 300 dollars pour leur ticket (et jusqu'à dix fois plus au marché noir), restent médusés. C'est Madonna bien sûr. Mais plus la virgin des années '80. Plus celle qui était into the groove sur les dancefloors, qui mimait des plaisirs solitaires ou dressait ses seins dans un corset griffé Jean-Paul Gautier.

Comme pour confirmer cette mutation, Madonna s'attaque à Nobody knows me, tiré de son dernier opus American life. Le ton est donné. La nouvelle tournée de Louise Veronica Ciconne est baptisée Re-invention tour. A 45 ans, Madonna n'essaye plus de jouer les bimbos sexys. Elle reste très belle. Très féminine. Un corps sein dans un esprit sain... Madonna n'entend plus provoquer mais elle veut encore surprendre.

Après Frozen qui suscite les premiers déhanchements de la foule, elle enchaîne American life et Express yourself dans deux scénographies qui sont au coeur de la polémique. Madonna, ses danseuses et ses danseurs sont habillés en treillis de couleur kaki. Leur marche militaire est rythmée par le martellement de fusils tandis que les écrans mitraillent des images de guerre, des victimes civiles et, sur le final, un montage montrant côte à côte Saddam Hussein et Bush Jr hilares. Tout le monde a compris le message...

Madonna sait pourtant que le public vient avant tout pour s'amuser. Passé l'effet sur les consciences, elle s'attaque désormais aux sens. On en prend plein la vue. On en reçoit plein les tympans. La voix est parfaite. Les enchaînements aussi. Material girl pour faire chanter l'assistance, Lament tiré de la B.O. d' Evita pour montrer que sa voix s'est épanouie, Die another day où Madonna est emmenée sur une chaise électrique, Mother and father où elle s'accompagne à la guitare, une reprise pas très convaincante d' Imagine de Lennon avec, une séquence filmée d'un jeune Palestinien marchant main dans la main avec une Israélien et, enfin, un final où elle porte le kilt et un T-shirt à la gloire de la Kabbale pour les explosifs Music et Holiday... C'est très fort et surtout très efficace. Il y moins de sexe, plus de coeur et toujours ce sens du rythme, du spectacle et de l'inteprétation qui renvoient les Britney, Christina et autre stars académiciennes de pacotille à leurs devoirs.

© La Dernière Heure 2004