Hotline Bling et One Dance sont deux hits qui ont rythmé l'hiver 2015 et l'été 2016 de la génération Y. Le clip du premier atteindra bientôt, sûrement avant la fin de l'année, le milliard de visionnages sur YouTube, le deuxième est resté presque 20 semaines dans le classement mondial Billboard, mieux que le phénoménal "Work" de Rihanna, dont Drake est co-auteur.


Depuis six mois, ce fils d'un batteur du Tennessee et d'une éducatrice canadienne (dont il est très proche: "Je dois tout le temps la rassurer", confiait-il à Billboard) est le chanteur le plus écouté sur toutes les plateformes de streaming musical disponibles. Mais avant de donner le ton en musique, Drake était un acteur. Qui se souvient de son rôle de Jimmy Brooks dans les huit premières saisons de "Degrassi: nouvelle génération"? A l'époque, son nom de comédien ne différait pas de celui inscrit sur ses papiers d'identité: Aubrey Graham.


Ce mardi, nouvelle consécration pour l'artiste. L'information est révélée par Tim Cook, CEO d'Apple. Une plaque représentant l'album "Views", signée de la main du patron de la marque à la pomme, est remise au chanteur. Son dernier album est le premier de l'histoire à dépasser le milliard de streams sur le site associé. Drake se contentera, gêné, de "remercier tout le monde". Mais au même moment, il diffuse sur son compte Twitter un film que les fans peuvent se procurer sur iTunes. Tristement intitulé "Please forgive me", il est, selon un tweet de l'artiste, "directement inspiré" de l'opus à succès. C'est le secret de la recette Drake: un rap visionnaire où l'acapella est mixé à hauteur égale avec l'instrumentale, une vie privée médiatisée mais somme toute floue, le tout relevé par un sens inégalé du business.


Tout ce qu'il produit se transforme en buzz

Tout le monde a son opinion, par exemple, sur cette dance passionnée mais - avouons-le - un peu ringarde dans le clip de Hotline Bling. Un clip détourné et parodié à l'extrême par les internautes. Qui souhaite s'époumoner devant cette avalanche de détournements doit cependant apprécier la vidéo originale en premier lieu. Résultat: le clip totalise bientôt le milliard de visionnages, rien que sur YouTube. Il y a d'autres raisons d'apprécier cette vidéo, à plusieurs reprises s'il le faut, comme le look décontracté/dépareillé que le chanteur arbore depuis le début de l'ère "Views" - et qui donne à tout styliste l'envie de le rappeler à l'ordre.

Peu d'artistes ont cette aura, qui transforme n'importe quel "bad buzz" en information de l'année. Sa danse ridicule, son accoutrement ridicule, personne ne lui en tient rigueur. La preuve: en 2016, il faut débourser jusqu'à 600.000 dollars pour un concert de Drake dans son salon, une somme qui ne ne servira jamais à payer un styliste.

Sa vie privée avec Rihanna

Rappelez-vous cette sombre nuit du 31 juin 2012, où Drake s'en prend à son pire ennemi, Chris Brown. Plusieurs bouteilles d'alcool servent de projectile, Brown est légèrement blessé. L'affaire, qui s'est déroulée devant une boite de nuit de Los Angeles, sera classée sans suite. A l'époque, personne n'a oublié cette photo de Rihanna, le visage tuméfié, ruée de coups par la rappeur violent en 2009. Mais trois ans plus tard, la rumeur affole les journalistes les plus racoleurs de TMZ: Rihanna et Chris Brown se seraient reconciliés. Une nouvelle qui rendra Drake, ami de longue date de la chanteuse barbadienne, furibond, sans qu'il ne l'avoue. Depuis, les deux rappeurs ne cessent de se chercher des poux.

Légèrement macho, téméraire mais, encore aujourd'hui un "ami", et rien qu'un "ami" de Rihanna, Drake passe pour un héros dans cette polémique, tout en protégeant sa vie privée, histoire de ne pas révéler les textes de son prochain album. Il l'avoue lui-même: "Je suis très honnête. Je ne sais pas écrire de fiction." Désormais, Rihanna est en couple avec Travis Scott, un autre rappeur dans le vent, et cela convient parfaitement à Drake: tous les fans savent qu'il reste un coeur à prendre.

Une réputation et un timbre

Drake accumule les records car il n'a plus rien à prouver. Si "Views", dernière pépite à 20 titres, est le disque le plus remarquable de sa carrière, cela fait des années qu'il est incontournable sur la scène musicale. Son premier album solo n'est sorti qu'en 2010. Pourtant, quel fan a oublié ses débuts dans le label de Young Money? Proche des célébrités les plus vulgaires dans le milieu impitoyable du booty-shake, Drake révèle les mêmes désirs que ses comparses: des filles et des belles voitures. Mais associé à une réputation de gamin juif et bien-pensant, lisse, on lui pardonne toutes ses "fucking" incivilités.

Alors que de plus en plus de rappeurs se ressemblent, au point de ne plus les distinguer sous leurs volutes de fumée de marijuana, Drake n'inhale pas devant les caméras. Cette voix, ce timbre, c'est naturel. Il conserve cette position que personne d'autre ne conquiert dans l'industrie, celle du plus sympathique, ou du moins antipathique, mais aussi du plus passionné par son travail. "Je conserve d'autres chansons en boîte. J'ai un arsenal de nouveautés qui n'ont rien à voir avec "Views"", révélait-il à Billboard en avril.