… "Il suffit d’y croire pour qu’il existe un petit peu." Rencontre à bâtons rompus hier à Paris avec Marc Lavoine et Cœur de Pirate.

On s’attendait à les voir tous les trois, les héros des Souliers rouges , mais Arthur H s’était fait excuser. Du coup, notre première question - ( "Comment vous êtes-vous rencontrés… tous les trois" ) tombait à plat. Reformulons : "Comment vous êtes-vous rencontrés, tous les deux ?" Béatrice Martin (Cœur de Pirate) et Marc Lavoine sourient. Finalement, c’est lui qui s’y colle. "On s’était rencontrés il y a quelques années au profit d’Haïti, après le tremblement de terre. C’était au Zénith de Paris . On avait chanté Paradis blanc . Ça a été un moment formidable parce qu’on était sur scène pour une cause qui nous tenait à cœur et qu’on chantait une chanson magnifique."

Les années passent et quand, réfléchissant à celle qui pourrait être son Isabelle dans Les souliers rouges, le directeur artistique de chez Barclay cite le nom de Béatrice, l’évidence s’impose. "Elle était exactement celle que j’attendais", lui sourit-il.

À l’époque, Cœur de Pirate est en tournée, aux États-Unis et c’est par mail qu’elle reçoit les chansons. "Je les ai écoutées et je les ai trouvées excellentes. Après m’être intéressée au conte, et sachant que Marc était derrière, il était évident que j’allais y aller. D’autant que ça faisait sens, dans ma vie, à ce moment-là." Elle s’arrête sur ce mystère et reprend, devant notre regard interrogateur. "C’est une histoire qui peut rejoindre celle de tout le monde. L’idée de sacrifier ce que l’on est et ce qu’on veut avoir dans la vie pour sa carrière, c’est d’actualité. Les gens voient la célébrité comme quelque chose d’atteignable, mais c’est si éphémère. Je trouve qu’il y avait une belle métaphore, à travers Les souliers rouges ."

Marc Lavoine la couve du regard. Il en oublierait presque de répondre quand on lui demande quelles grandes figures l’ont inspiré pour construire ce personnage de femme à l’ambition dévorante mais à l’évidente fragilité. "Romy Schneider, La Callas… Des personnages qui ont été brisés par les événements, mais qui ont une exigence artistique très forte. Je cherchais comme une équivalence dans leur forme de chagrin." Comme toujours, Marc Lavoine digresse. Sans s’éloigner vraiment du sujet. Le voilà qui parle de chagrin d’amour. "C’est très violent, on peut ne jamais s’en relever. L’amour prend mille formes… L’amour c’est comme Dieu : il suffit d’y croire pour qu’il existe un petit peu."

"Aujourd’hui, chacun est une vedette", enchaîne-t-il sans transition. "De son quartier, de son réseau social. C’est un jeu très compliqué, la vie. La célébrité, la gloire, l’argent. On est en face de ces problématiques, aujourd’hui. Andersen avait bien senti ça." Ouf, le voilà retombé sur ses pattes. Car ce conte, en effet ne raconte rien d’autre : Isabelle, la jeune danseuse assoiffée de succès est repérée par Victor (Arthur H). Il fait d’elle une star. Mais Isabelle ignore que Victor a passé un pacte avec le diable et qu’il est interdit à jamais à celle qui chaussera les chaussons rouges de tomber amoureuse.

Des contes, ils en racontent à leur(s) enfant(s). "C’est fou comme ça traverse les générations", dit-elle. "Mes enfants, je leur raconte des histoires , complète Marc Lavoine. J’ai quatre enfants et j’essaie d’avoir aussi des rapports individuels avec eux. Ne serait-ce que d’emmener son fils au Louvre, c’est déjà un voyage. Les jolies choses peuvent nous apprendre à discerner le monde."

Quand, à 16 ans, le futur chanteur décide de travailler et de faire du théâtre, il ne sait pas encore à quel point ce sera dur. "Mais j’étais prêt à tout pour ça", dit-il. "Aujourd’hui, je suis marié, j’ai des mômes qui sont l’essentiel de ma vie. Mais les planches le sont aussi ! J’aime les textes, les gens qui répètent, les caméras, les pages d’un livre. C’est ma façon de respirer. Mais si on n’a pas un cadre, on se brûle les ailes. Moi, mon père et ma mère m’ont dit que ça serait du travail. L’inspiration, ça ne se cueille pas comme une fleur."