Georges Moustaki revient chanter à Bruxelles

PARIS Entre son dernier spectacle à Bruxelles, le 14 mars dernier au théâtre Saint-Michel, et le prochain, ce 16 septembre au centre culturel d'Uccle, un événement important s'est passé dans la vie de Georges Moustaki : la sortie d'un nouvel album. Il s'intitule Solitaire, titre aussi d'une des dix chansons nouvelles. Mais Moustaki y reprend, en duo avec China Forbes, la chanteuse de Pink Martini (Je ne veux pas travailler), une de ses chansons immortelles, La solitude.

Cette solitude semble donc très présente dans l'actualité de Moustaki alors que, paradoxalement, il n'a jamais été aussi accompagné que sur ce disque où il fait aussi des duos avec Cali, avec Vincent Delerm et avec Stacy Kent. "Je ne vois pas de paradoxe ! La solitude est une compagne, parfois un moyen de résoudre des problèmes importants : quand on est seul, on est disponible à tous. À l'inverse, si on vit enfermé, le cercle est plus étroit."

Vous êtes un grand voyageur...

"Je commence à perdre un peu le goût des voyages, à cause de toutes ces mesures de sécurité dans les aéroports et les gares. Mais quand j'étais jeune, je rêvais de voyager et j'ai réalisé tous ces rêves. J'ai eu l'occasion d'aller chanter dans le monde entier et, voici une vingtaine d'années, je comptais que, dans l'année, je chantais un jour sur trois. Ce qui me donnait l'occasion de traverser une dizaine de pays par an. Aujourd'hui, j'ai ralenti le rythme."

À cause de la fatigue ?

"La fatigue, c'est quand on s'arrête qu'on la ressent. Dans la mouvance, on occulte toutes les épreuves."

Une de vos chansons est consacrée aux guitaristes, de Brassens à Dylan. Et vous citez aussi... Coluche.

"Coluche a été laveur de vaisselle dans une boîte où je me produisais. Et lorsque le spectacle était fini, que nous restions entre nous, il sortait une guitare et se mettait à chanter. Je ne l'ai jamais vu faire en public. Il n'a fait ça que pour nous. Mais il chantait très bien pour le répertoire qu'il avait. Après, il s'est aligné sur une autre carrière d'humoriste, de provocateur et d'acteur. Mais moi, je garde l'image d'un Coluche à la guitare."

Dans une autre chanson, Sans la nommer, un hymne à la liberté, vous évoquez les jolies fleurs du mois de mai. Pour vous, Mai 68 fut un succès ?

"On n'a pas accompli tout ce qu'on en espérait, mais tout cela n'a pas été inutile. En 1967, les gens dormaient un peu. C'était une période de consommation et de rock and roll qui singeait ce qui se faisait en Amérique. Personnellement, cela reste un très beau souvenir. Mai 68 m'a permis de revenir à une réalité politique rebelle et révoltée. J'avais 34 ans. J'étais âgé pour en être. Mais j'avais un sentiment d'allégeance."

Le monde vous paraît moins matérialiste aujourd'hui qu'à l'époque ?

"Le monde n'est pas moins matérialiste, mais il n'est pas que matérialiste. Les gens gardent toujours ces angoisses permanentes qui les poussent à se protéger de la précarité, mais la frontière est plus ouverte pour ceux qui rêvent d'aventures. La jeunesse est peut-être mieux lotie en ce sens que les perspectives sont plus variées. Avant, si vous rêviez d'aventures, vous étiez un marginal. J'estime que ma chance fut d'avoir pu partir de chez moi à l'âge de 17 ans, avec la bénédiction de mes parents mais sans un sou en poche. J'ai pu vivre des aventures extraordinaires. Si j'avais été prudent et pris toutes les précautions, ma vie aurait été différente. J'ai certes pris des risques. Je me prenais pour un homme alors que je n'étais qu'un adolescent. Mais je crois que ça a tenu cette adolescence en moi très longtemps et, aujourd'hui, à 74 ans, je crois avoir encore des restes d'adolescence. Malgré tous les inconforts que j'ai connus, je ne regrette pas du tout. Et j'ai offert à ma fille, qui a maintenant 52 ans, la même émancipation."

Georges Moustaki au centre culturel d'Uccle, le mardi 16 septembre.Rés. : 02/346 78 38



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