Nicolas Peyrac s'est remis à l'écriture. Après une très longue absence


BRUXELLES Depuis 1994 et Qu'importe le boulevard où tu m'attends, Nicolas Peyrac avait rangé sa plume d'écrivain pour s'emparer de celle du chanteur. Pourtant, l'idée de replonger au coeur d'un roman ne l'avait pas quitté. Restait à trouver un sujet qui le tienne en éveil et, par voie de conséquence, suscite l'intérêt de lecteurs déjà bombardés d'ouvrages. "Je ne suis pas romancier, dit-il comme pour se dédouaner. Et puis, j'avais du travail par ailleurs. Rien que pour la Belgique, je faisais deux émissions de radio, des papiers sur le cinéma, des portraits d'artistes. Plus des albums pour moi, de la promo... " En 2000, il se remet donc doucement à cet exercice qu'il sait aimer pour ne l'avoir pratiqué qu'une seule fois. "J'avais envie d'aller au bout d'un autre roman qui ne soit pas autobiographique, mais je n'y arrivais pas : je suis resté pendant trois ans à la page 60, sans avancer d'une ligne. Je ne voyais pas comment sortir mon personnage de l'impasse dans laquelle il était. Du coup, j'ai appelé mon père et c'est lui qui m'a sorti du truc. Hélas !, il n'est plus là pour me lire : il est mort cet été. C'est quand mon éditeur m'a dit On y va, quand j'ai eu une deadline, que je m'y suis vraiment remis... "

Vous êtes comme ça, vous : il faut vous pousser ?

"Ce n'est pas qu'il faille me pousser, mais quand on écrit dans le vide, ce n'est pas pareil. Je peux écrire vingt, trente débuts de chansons, orchestrées, avec ma voix qui fait des la la la. Mais je n'écris pas un mot de texte. Puis arrive le moment épouvantable où il faudra penser à ce que je vais raconter. Avec le roman, c'était pareil... "

Vous vous êtes amusé à écrire à deux voix. Puis trois, puis...

"Je trouvais que c'était inintéressant si le mec racontait son histoire tout seul. Parce que, du coup, on n'avait droit qu'à sa vérité. Dès l'instant où on en met deux, c'est plus rigolo. Trois, c'est encore mieux parce que c'est le foutoir. Et à quatre, c'est inextricable. J'aimais emmener le lecteur dans de fausses directions. "

Lecteur que vous emberlificotez dès le titre. Car on se demande à chaque page qui va tuer qui...

"(Il rigole) Oui, j'adore. Je trouve que le titre est fort parce que ça oriente totalement la lecture ! C'est un livre noir qui ne l'est pas vraiment. C'est jubilatoire de jouer avec des personnages qui vivent ces passions quand on a soi-même été bringuebalé par ça. J'ai vécu cinq ans de ça et pouvoir se venger en écrivant, c'est rigolo. "

C'est donc tout de même un peu autobiographique ?

"Non, mais il y a ma vision et mon vécu derrière tout ça. Des personnages que j'ai pu croiser, des qualités et des défauts pris çà et là. J'ai rencontré des carriéristes dans la médecine, des femmes fatales qui pensaient pouvoir contrôler le monde du simple fait de leur beauté. Et pourtant, ce n'est pas du tout moi : un psychiatre qui vit dans 200 m², qui séjourne dans des palaces et vit depuis dix ans avec une femme qu'il ne touche plus, là, non, au secours ! "

Mais il aime aussi les films noirs des années 50, comme vous...

"J'aime le cinéma en général. J'ai 5.000 films à la maison. Je n'ai qu'une envie, c'est continuer à créer en faisant un ou deux ou plusieurs longs-métrages. Je vais y aller, un jour, c'est sûr. Mais il faut du temps... Monter un film, c'est un cauchemar. Et ça coûte cher. En même temps, la France est un des pays au monde où il est le plus facile de faire un premier film ."

Vous avez des idées de scénarios ?

"Certaines personnes me disent que ce livre pourrait être adapté. Et puis, je me suis rendu compte que beaucoup de mes chansons portent des titres de romans ou de films éventuels en devenir... "


Nicolas Peyrac, J'ai su dès le premier jour que je la tuerais, Éd. Archipel.



© La Dernière Heure 2006