L’une des grandes figures du rock d’aujourd’hui était de passage au Bozar jeudi soir pour converser avec son public.

Le charismatique chanteur australien n’a pas peur de se mettre en danger et aime se balancer sur le fil du rasoir. Il l’a prouvé jeudi au Bozar, lors du premier de ses deux spectacles intitulés “Conversations” à Bruxelles. Le prochain se tient ce soir. L’événement était attendu, la salle Henry LeBoeuf est pleine à craquer. Même si Nick Cave a récemment sorti un nouvel album, Ghosteen, avec les Bad Seeds, il n’est pas présent pour cette raison. Il est plutôt venu pour échanger directement avec son public, sans modérateur et sans filtre. Pendant trois heures, les spectateurs peuvent lui poser n’importe quelle question, sur n’importe quel sujet.

En septembre 2018, le musicien lance un site web intitulé “Red Hand Files”, une sorte de forum géant où n’importe qui peut dialoguer avec lui. Une manière pour lui de surmonter la mort tragique de son fils de 15 ans et même un “moyen de survie”. Il a reçu plus de 20 000 questions à travers cette interface et prend le temps de répondre à chacune d’entre elles. Rien que ce jeudi, il a répondu à 81 interrogations en ligne. Nick Cave a ensuite voulu transposer ce concept en face-à-face pour “mieux rentrer dans l’esprit de son public”. Il fait voyager ces “conversations” aux quatre coins du monde depuis des mois, mais le projet risque de s’arrêter après les dates bruxelloises. La rock star veut désormais se concentrer sur d’autres choses.

Il faut dire que ces soirées ne sont pas légères, elles prennent parfois des airs de grandes thérapies de groupe. Les fans partagent avec lui leurs douleurs, leurs deuils, leurs combats contre la maladie. Comme le dit Nick Cave, ils forment une sorte de “collectif de personnes qui ont souffert”. Beaucoup de questions tournent autour de ces sujets et sur comment ceux-ci participent à sa créativité. Il aborde également sans détour son ancienne addiction à l’héroïne. Il assure que son entourage et la rencontre avec sa femme lui ont permis de se soigner.

"Toutes mes chansons tristes sont joyeuses"

Les dialogues plus profonds côtoient aussi des questions plus triviales comme s’il joue aux échecs, s’il fait du sport ou s’il fait quelque chose de spécial pour avoir cette voix (la réponse est non pour les trois). Entre une série d’échanges, l’artiste de 62 ans prend place à son grand piano à queue et joue des morceaux selon son envie et les discussions. The Ship Song, Love Letter, Jubilee Street… il pioche dans son répertoire et remonte dans le passé en reprenant Palaces of Montezuma de son ancien groupe Grinderman. Il s’amuse aussi sur une reprise de T-Rex avec Cosmic Dancer et enchante son public en interprétant un titre de son dernier opus (Waiting for You).

Sur ce disque, il explique avoir laissé toute la place à l’improvisation. “Je passe beaucoup de temps à écrire des chansons que je jette une fois rentré au studio”, indique-t-il. Lorsqu’une personne lui demande pourquoi le bonheur ne l’inspire pas, il répond qu’écrire une chanson est un acte tout à fait optimiste et positif. “C’est une stratégie pour limiter la tristesse, pas pour l’étendre. Toutes mes chansons tristes sont joyeuses !”. L’un de ses fans le compare à Schopenhauer. Nick Cave dépasse le statut d’artiste, il devient le temps de quelques heures un guide, un confident et un mentor pour les jeunes musiciens en quête de conseils.

L’Australien se prête de manière totalement naturelle à l’exercice et fait preuve de beaucoup d’humour et d’aisance. Un moment suspendu, unique, touchant. On reste quand même sur notre faim concernant sa musique, on a envie de s’en imprégner plus longtemps. Ça tombe bien, il sera de retour avec les Bad Seeds le 30 avril prochain au SportPaleis d’Anvers.