Musique

Nous avons rencontré le mythique groupe de rap français qui vient d'annoncer sa reformation

Envoyé spécial en France, Karim Fadoul

PARIS Paris, l'Olympia, lundi 23 juin. C'est derrière les célèbres néons rouges que le concert privé de Supreme NTM va se tenir. Le moment est attendu et tendu. Attendu, parce que le groupe y donnera son premier véritable live depuis l'annonce en mars du rabibochage du duo de quadras Joeystarr (Didier Morville) et Kool Shen (Bruno Lopes), séparés, pour de bon disait-on, depuis 1998.

À part un plateau sur Canal + et une apparition pas très au point lors de la Fête de la Musique, personne n'avait eu l'occasion d'assister à un long set. Concert tendu, aussi, en raison du cachet de la salle et du parterre composé de people et de gens qui comptent dans la presse et le monde du disque. Pour l'argent ? C'est la raison invoquée pour expliquer le soudain apaisement des tensions entre les deux hommes du 93. Pour les deux protagonistes, c'est autre chose comme ils l'ont expliqué lors d'une conférence de presse.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de remonter sur le ring ?

Joeystarr : "On va vous montrer une histoire d'alchimie qui fonctionne malgré nous. On avait très envie de faire du live. On a commencé ensemble et on va finir ensemble."

Kool Shen : "Il y a aussi un gros challenge. On nous a proposé Bercy trois fois de suite puis 5 fois de suite. De toute façon, l'aventure était inachevée."

Quand un groupe se reforme, il y a d'abord un disque puis la tournée. Vous, c'est d'abord la tournée...

Joeystarr : "On n'est pas venu vendre un packaging. C'est très égoïste, on est là pour nous. On a toujours joué pour nous. Et la magie s'opère toute seule. Et à un moment donné, on ne se reconnaît pas trop dans ce qui se fait en ce moment. Pas entièrement mais pas mal. C'est bien beau de faire des disques, des mixtapes, des street-tapes... Mais si, quand tu montes sur scène, tu ne donnes pas la dimension au truc... Nous, ça fait 20 ans qu'on fait ça. Quand tu vas sur scène, dans le rap, c'est pour performer , pas pour montrer ta ceinture en diamant. Nous, on fait de la musique, on fait du constat d'urgence. Mais on n'est pas là à cause du climat social."

Kool Shen : "On revient très égoïstement. Parce qu'on a envie de se faire plaisir et de faire plaisir au public. Revenir sur scène parce qu'il y a un climat social ? Non ! Mais ça ne veut pas dire qu'on n'a rien à raconter sur ce qui se passe."

Joeystarr : "On n'est pas là pour faire de la tune sur la gueule des mazoutés."

NTM qui revient maintenant, ce n'est pas un retour vers les vraies valeurs du hip-hop, une façon de dire non au bling -bling ?

Kool Shen : "Ce sont ces valeurs-là qu'on va défendre. Mais on ne va pas donner de leçons. "

Joeystarr : "Nous, on est des puristes. Ce qui nous intéresse, c'est l'interactivité."

Kool Shen : "Le regard qu'on a du mouvement aujourd'hui ?.... T'as à manger et à boire."

Joeystarr : "Il y a des mecs qui fracassent, mais la majeure partie, c'est pas de la musique qu'ils font. T'as des mecs qui miaulent. Il n'y a plus trop de recherches."

Vos projets en solo ont très bien fonctionné. N'aurait-il pas été plus facile de continuer en solo ?

Kool Shen : "Cela aurait pu être plus facile, ouais. Mais il y a le challenge. C'est pas non plus évident de revenir. Tu sais pas si tu vas remplir, tu sais pas si tu vas te taper la honte."

Des regrets ou des remords par rapport à votre carrière ?

Kool Shen : "Les erreurs, ça fait partie du parcours. On est les premiers à dire quand un morceau n'est pas bon."

Joeystarr : "Pour la plupart des gens qui vont venir nous voir, NTM, c'est La fièvre ou Ma Benz. Ma Benz, je crache pas dessus. Mais La fièvre elle m'horripile. De toute façon, la perfection n'étant pas de ce bas monde, on a notre place. C'est une bonne conclusion, non ?"

Propos recueillis par Karim Fadoul.Supreme NTM, en concert le 11 octobre 2008 à Forest National. Infos : www.sherpa.be.



© La Dernière Heure 2008