La chanteuse nippone se produisait hier soir à Amsterdam devant 5000 personnes.

Elle est coiffée de deux très longues couettes de couleur turquoise, a de grands yeux verts, pèse 42 kg pour 1,58m, a 16 ans, porte des jupes et des bottes, vient du Japon et sait danser et chanter. Hatsune Miku est une véritable star dans son pays et a su au fil du temps séduire le monde entier. Elle est en train de clôturer sa tournée européenne de cinq dates et se produira au célèbre festival américain Coachella en avril prochain. Avant cela, elle a fait la première partie de Lady Gaga, a collaboré avec Pharell Williams sur titre, a été invitée sur le plateau du Late Show de David Letterman, posée pour le magazine Vogue, été habillée par Louis Vuitton et participé à de nombreuses publicités.

Mais Hatsune Miku n’est pas réelle. Inventée par Crypton Future Media en 2007, elle est au début simplement l’égérie d’un logiciel de synthèse vocale de Yamaha baptisé Vocaloid. Ses créateurs n’avaient pas prévu en tel engouement pour ce petit personnage. La diva nippone compte désormais pas moins de 100 000 chansons dans son répertoire. Un chiffre qui s’explique par le fait que ce sont ses fans ou n’importe quel musicien qui composent ses musiques grâce au fameux logiciel. Chacun peut donc lui écrire un chanson. Si celle-ci fonctionne bien, elle aura même des chances d’être jouée en concert.

Hier soir, c’est dans la capitale hollandaise qu’elle se produisait. Quelques heures avant le début du concert, quelques centaines de fans sur les 5000 attendus font déjà la file pour s’assurer la meilleure place. Il faut dire que certains attendent ce moment depuis très longtemps. "Je suis fan depuis neuf ans. Je n'aurais jamais pensé assister à l'un de ses concerts. Au moment où je l'ai connue, il n'y en avait seulement au Japon. Je devais aller là-bas si je voulais la voir! Cette semaine, j’ai crié sur tous les toits que j'allais la voir!", indique avec beaucoup d’enthousiasme Dia, 18 ans, habillée comme sa chanteuse favorite.

Evy, 21 ans, est aussi déguisée comme Hastune Miku. Elle possède quatre tenues de la chanteuse à la maison. Ce soir, elle a choisi de sélectionner le costume d’hiver, avec une cape bleue foncée et une robe blanche. "Je suis trop contente de la voir ce soir, c’est mon rêve depuis cinq ans. J’ai très envie de voir à quoi ça ressemble en live", assure la jeune femme affublée d’une longue perruque noire et blanche. "Ce qu'elle propose est très spécial. J'aime son look, sa voix est unique, la musique me parle, j'aime l'esthétique". Elle explique que dès qu’elle regarde les vidéos d’autres concerts sur Youtube, cela la touche particulièrement. "Je vais certainement pleurer ce soir", répète-elle à plusieurs reprises.

Quelques minutes après 20h, le concert commence. Ici, la star n’aura jamais de retard, c’est plutôt un bon point. Hastune Miku apparait sur un écran en 2D, elle n’est pas agrandie et garde donc des dimensions humaines. Les créateurs ont délibérément choisi de ne pas en faire un hologramme pour ne pas semer la confusion entre fiction et réalité. Seulement, on plaint les spectateurs du fond de la salle qui ne doivent pas voir grand chose. A côté de la chanteuse se trouvent quatre musiciens : un bassiste, un pianiste, un batteur, un guitariste. Le groupe est, lui, bien en chair et en os. Cette présence est essentielle pour que le concert tienne sur la longueur et donne un peu de vie à un spectacle qui pourrait se montrer froid.

Le public, qui n’est pas constitué que de femmes ou que de jeunes, loin de là, brandit en rythme leur glowstick, une sorte de bâton lumineux qui change de couleurs. Celui-ci est vendu tout de même 35€ à l’entrée des portes. Les pulls et kimonos sont vendus à 50€. Compte tenu de l’immense file aux quelques stands, les fans sont prêts à dépenser pour acquérir des produits dérivés. Dia va, elle, acheter quelques pins pour les accrocher à son sac. "Le merchandising fait aussi partie de l’expérience", assure-t-elle.

Tous les styles musicaux sont passés en revue, du rock, au métal, à la musique électronique et même à des sonorités plus disco. La voix de Miku sonne très aigüe et métallique. On ne va pas le cacher, l’aspect musical n’est pas la chose à retenir. Etant donné que la prestation de la chanteuse nippone est déjà préenregistrée, aucune place n’est laissée à l’improvisation ni même à l’imperfection. On regrette le manque d’interaction avec le public, il est forcément compliqué de partager quelque chose avec un écran. Finalement, il ne s’agit pas tellement d’un concert mais plutôt d’une occasion pour les aficionados de cette culture un peu geek de se retrouver dans la vraie vie et de célébrer leurs passions communes.