Musique Tant que leurs concerts se feront en places assises. "Il faut tenir compte de la réalité économique", nous dit Denis Delforge, CEO de Brussels Expo. Bilan de la salle.

Il y a (presque) trois ans, quand le Palais 12 a ouvert ses portes, c’était dans le but que Bruxelles accueille des concerts de grande envergure, rassemblant quelque 15.000 spectateurs, comme au Sportpaleis d’Anvers (Forest National plafonnant à 8.000 places). La première année s’est avérée prometteuse avec "une trentaine de concerts" sur le site de Brussels Expo. "L’objectif a été atteint plus vite que prévu… On s’est mis à espérer et on a toujours l’espoir d’arriver à 60, 70 concerts sur l’année", nous dit aujourd’hui Denis Delforge, CEO de Brussels Expo. Sauf que là, en 2016, on est loin du compte. "Faute à la conjoncture. Il y a l’effet des attentats qui a influé sur les programmations de grands artistes dans les salles bruxelloises. Mariah Carey a annulé à Forest. Johnny, lui, a postposé au Palais 12. Mais il ne faut pas non plus exagérer ce facteur. Ensuite, la saison 2016-2017 est assez faible en matière de programmation de grands artistes, partout. Et, forcément, l’effet de concurrence entre les salles belges est exacerbé."

Comment, depuis 3 ans, le Palais 12 peut-il faire la différence ? Avec une technologie de pointe, ne devrait-elle pas être la salle numéro un ?

"Cela prend du temps de positionner une salle, qu’elle acquiert une notoriété. On s’est positionné sur l’expérience et l’accueil des visiteurs mais il ne faut pas sous-estimer le fait que Forest National est une bonne salle avec de l’expérience. Les artistes qui y sont allés y retournent. Et puis, la salle de Palais 12 est flexible. Et on doit travailler sur des jauches plus petites que 15.000 spectateurs. Il y a de très bons concerts pouvant accueillir 5.000 à 8.000 personnes. Et il n’y en a pas 100 par an pour 15.000 spectateurs. On doit tabler sur des concerts intermédiaires pour atteindre le chiffre de 30 à 40 spectacles par an au Palais 12."

Parmi les grands concerts accueillant 15.000 spectateurs au moins, il y a eu dernièrement Céline Dion et Adele. Toutes deux se sont produites au Sportpaleis. Pourquoi pas au Palais 12 ?

"Ces deux artistes font des concerts où toutes les places sont assises. Le Palais 12 a une capacité de 10.000 places assises. Au Sportpaleis, c’est 18.000. Ça fait 8.000 places de différence… à une moyenne de 100€ la place, faites le calcul (soit 800.000 € de perdu pour l’artiste par concert) ! Là-dessus, sur le concert tout assis, on n’est pas compétitif. Aujourd’hui, on doit tenir compte de cette réalité économique."

Muse a tout de même fait salle comble, 4 soirs au Palais 12. Pourquoi d’autres grands groupes n’ont pas encore suivi ?

"Les qualités sonores et le fait que les artistes préfèrent quand même venir à Bruxelles, capitale de l’Europe, ont fait la différence pour Muse. Faire venir ce groupe a été un des plus beaux accomplissements du Palais 12 ! La salle avait besoin d’un big happening… et elle a gagné en notoriété outre-Manche. Mais on savait bien que tous les gros ne suivraient pas d’emblée. Ce n’est pas une déception. Par contre, on sait aussi qu’on est incapable d’accueillir les Rolling Stones par exemple. Ils sont trop chers sur le marché. À part pour les stades et les festivals peut-être."

On a l’impression que ce sont davantage des chanteurs francophones qui se produisent au Palais 12 à Bruxelles ?

"Non… Même si à notre goût on n’a pas assez d’artistes de LiveNation (Madonna, Katy Perry, Beyonce,…)! Pour l’heure, on a mis des options sur des concerts et certains gros calibres. Le Palais 12 est fait pour les grosses productions, les concerts pop/rock, hip-hop, comme quand on a eu Drake. Des gens comme Rihanna ce serait bien. Naturellement, les grosses vedettes francophones qui peuvent remplir des grandes salles, comme Mylène Farmer et Johnny viennent chez nous plutôt qu’au Sportpaleis. Là-dessus, il n’y a pas de concurrence."

Pas de subsides ni commissions

Ce n’est pas parce que le Palais 12 (une entité de Brussels Expo) dépend de la Ville de Bruxelles, qu’elle bénéficie d’aide publique, tient à préciser Denis Delforge. "On reçoit zéro euro ! Au contraire d’autres salles qui reçoivent des subsides pour programmer tel ou tel artiste de la communauté flamande et française. Je ne dis rien à ça, c’est bien de pousser des artistes… Mais les programmations du Palais 12, elles, ne sont pas dictées par le public !" Le Palais 12 souffrirait-il de son statut ? Dans le milieu, il se murmure que des grandes salles privées octroieraient des commissions à de gros bonnets du spectacle. Au Palais 12, ce serait "impossible !", répond Denis Delforge.