" L’idée était là depuis très longtemps, d’autant plus que le projet JaguaR the Duo arrivait à son terme avec la sortie de l’EP, nous confie Emily-Jane, connue pour cet opus sorti juste après le confinement avec son mari Gaetano Boutcher, Getch de son nom de scène, n’est autre que le cofondateur de la marche pour le climat en Belgique, Rise for Climate. “ J’avais plein d’idées de chansons, poursuit la chanteuse trentenaire bruxelloise. Et j’ai réussi mon pari d’écrire et composer seule cinq titres. Alors qu’à la base, je pensais n’en faire que deux.”

L’entente harmonieuse avec son producteur a eu pour effet que ses cinq morceaux ont été bouclés en à peine trois semaines. “C’était quelque chose d’assez magique, comme si c’était évident pour moi. Un désir de se faire du bien. De s’éloigner du contexte morose dans lequel on vit. Autant la musique est libératrice pour moi et me permet de voyager, autant je pense que cela permet la même chose aux gens qui l’écoutent. On n’a pas besoin de faire de la musique pour en ressentir les bienfaits.”

Emily-Jane : “J’ai été une femme objet”

Avec Break-Up, Emily-Jane démarre son EP sur une rupture amoureuse. “Quand tu commences un projet solo, tu écris ce que tu as dans les tripes et ce qui te vient sur le moment, détaille celle qui s'était aussi faite remarquer durant le confinement avec des reprises en duo avec Michael Miraglia -au piano- de RTL-TVi. Et je me suis alors rendu compte que les cinq morceaux racontent mon parcours depuis 10 ans.” Sa vie depuis une décennie ? “Elle a énormément changé depuis cette fameuse rupture amoureuse. Les autres chansons vont donc raconter les dix années qui ont suivi. Au final, l’album sera vraiment l’histoire de tout ce qui peut se passer entre une rupture et ma vie de femme, de mère et la construction de cette nouvelle relation d’épouse.”

E.J. Eyre dédiera d’ailleurs la dernière chanson à son homme, Gaetano Boutcher, Monsieur marche du climat. Cet artiste chanteur qui l’a -enfin- comprise dans cette société toujours aussi patriarcale. “Les quatre premières années après ma rupture, j’ai essayé de me reconstruire et de me relever, confesse celle dont le deuxième morceau, "Scars" (cicatrice, blessure) sortira en décembre. Mais aussi en retombant sur toute une série d’hommes pas très respectueux. Ceux qui jouent avec les femmes et les considèrent comme des objets. Être une femme, ce n’est déjà pas facile. Être désirable, l’est encore moins. On n’a pas le droit de se plaindre. On est souvent utilisé comme des objets et ça a été mon cas. Trois chansons parleront de cette égalité hommes/femmes qui n’existe toujours pas. Comme l’égalité des sexes dans les relations qu’il faut bien chercher avant de la trouver.”

Un clip sensuellement engagé

Avec sa couleur électropop, Break-Up électrise la pop made in Belgium. “J’ai envie que ce soit accessible et dansant, précise Emily-Jane qui chante en anglais. Je sais ce que j’aime écouter, à savoir des choses qui me font m’évader et danser. J’écris donc comme ça car ça vient tout seul. Même si Break-up est plus doux que les autres titres qui seront plus dansants, plus gais et surtout encore plus combattants.”

Sensuel, son clip a été tourné dans les cryptes de Laeken à Bruxelles. Stylisé (Lilly Vu design) et réalisé (Bartolomeo La Punzina) par deux Belges. Victime de sexisme, pourquoi alors avoir joué la carte sexy ? “Je ne vois pas le problème !, rétorque E.J. Eyre, aussi professeure dans la vie. Je pense qu’on peut être une femme sexy et l’assumer, tout en se faisant respecter par les hommes. Ce n’est pas l’un ou l’autre. À l’heure actuelle, en 2020, on peut se permettre de s’assumer. Pas forcément se cacher. J’ai l’image que j’ai et on ne doit pas la cacher. Et ce n’est pas pour autant que je dois être considérée comme un objet. J’ai un homme avec qui je suis très heureuse et qui n’a aucun problème avec mon image et me respecte pour ce que je suis. Dès le premier rendez-vous, il a d’ailleurs essayé de creuser plus loin.”

E.J. Eyre, un pseudo bien dans “l’Eyre” du temps

Inspiré par le roman Jane Eyre, le pseudo d’Emily-Jane Degives (de son vrai nom) n’a pas été choisi au hasard. Charlotte Brontë, la romancière anglaise de ce livre à succès, est "une femme très indépendante et forte, qui a aussi galéré dans sa vie. Une héroïne romancière à une époque où elle devait écrire sous un pseudonyme masculin. J’aime son esprit de liberté et d’indépendance. En plus, sa sœur s’appelle Emily-Jane, d’où mon prénom et nom de scène E.J. Eyre !” Bref, E.J. Eyre, ou Emily-Jane pour les intimes, est une artiste belge à suivre. Son EP sortira au printemps prochain.