Le producteur superstar se produit jeudi au Cabaret Vert

Au Cabaret Vert (à Charleville-Mézières, à quelques encablures de la frontière belge), on associe à une démarche éco-reponsable une qualité gustative certaine et une affiche savoureuse. Jugez plutôt : Paul Kalkbrenner, Étienne Daho, Christine and The Queens ou Benjamin Clementine le jeudi; The Chemical Brothers, Ratatat le vendredi; Limp Bizkit, Selah Sue, Jungle, Rone ou Algiers le samedi; Hubert-Félix Thiéfaine ou Tyler the Creator le dimanche.

Un déplacement par les Ardennes françaises est donc indispensable pour, notamment, ceux qui auraient raté Paul Kalkbrenner aux Ardentes ou à Tomorrowland.

C’est justement à Liège que nous avons retrouvé l’Allemand. Avec une précaution d’usage adressée par son attachée de presse : "S’il vous plaît, ne vous adressez pas à lui comme à un DJ mais plutôt comme à un musicien techno vu qu’il arrange et mixe ses chansons en live sur scène où il ne joue pas les titres d’autres artistes."

Dont acte, car on ne voudrait pas écourter une conversation en froissant le Berlinois qui vient de sortir son septième album studio et qui a vendu, en une quinzaine d’années, des millions d’exemplaires. Devenu super big après la sortie du film Berlin Calling pour lequel il a réalisé la bande-son, il se confie.

Ce fut quelque chose de spécial pour vous de jouer en Belgique, terreau de la techno, vous qui avez grandi avec cette musique ?

"C’est la patrie de la techno. Si tu remontes 25 ans en arrière, quand la techno est devenue énorme en Allemagne, la plupart des disques n’étaient pas produits en Allemagne. Aux débuts de la techno, la Belgique comme les Pays-Bas étaient l’épicentre du mouvement. Avec une culture des festivals dance aussi. Et une expertise technique. Maintenant, dans les grands festivals du sud de l’Europe, la technique est bonne mais il y a dix ans, c’était atroce. Et en Belgique, tout était parfait : de la technique au manager de scène…"

Où est le centre de la techno maintenant ? À Berlin ?

"C’est quelque chose de continental. La Belgique l’est toujours plus que l’Allemagne alors que la France, par exemple, a un passé plus disco. Maintenant, beaucoup de clubs sont peut-être fermés mais il y a dix ans, en Belgique, dans n’importe quelle petite ville, presque dans chaque village, il y avait un club techno."

Vous avez changé de label et avez désormais accès au back catalogue de Sony. Cela change votre musique d’avoir accès, par exemple, aux samples d’Elvis ou de Bob Dylan ?

"Oui, mais je ne voulais pas choisir parmi de si grands noms. Il y avait des duos de Johnny Cash et Bob Dylan jamais sortis mais je ne le sentais pas de prendre de si grands artistes. C’est une question de feeling. Je suis très heureux avec la sélection."

On parle beaucoup d’excès dans la vie des DJs et des producteurs. C’est juste un fantasme ?

"C’est fini le temps où je jouais dans des clubs devant 20 personnes pêtées. Je joue dans des grands festivals. Mais avec les grandes scènes, il y a aussi de grandes responsabilités."

Vous vous considérez comme une star ?

"J’en suis une ? Je suis tête d’affiche. Peut-être mais je n’y pense pas et je ne me vois pas comme ça. Bien sûr, il y a les jets privés et tout ça. Mais il faut garder le même comportement. J’ai plus de responsabilités, je ne peux pas me comporter comme un connard. Faire le con, ce n’est pas de la rébellion, ça cause juste des dommages."

Historiquement, les DJs sont passés de l’arrière de la scène au devant.

"Il y a 20 ans, nous ne voulions pas être comme les groupes de rock avec le public qui les regarde. En 1992, à Berlin, on jouait dans des endroits sombres avec de la fumée et on ne savait pas où se trouvait le DJ. On ne voulait pas faire comme les autres. Et 25 ans après, c’est exactement ce que je fais. Les choses suivent un cours naturel et tu ne dois pas avoir de ressentiment par rapport à ça. C’est comme ça que le monde tourne."