Charles Trenet a souvent évoqué des anecdotes relatives à ses chansons les plus célèbres.

BRUXELLES

Y a d'la joie. C'est l'époque où Raoul Breton, éditeur et premier à croire en Trenet, va se marier. Le grand Maurice Chevalier lui demande quel cadeau lui ferait plaisir: `Je lance un jeune chanteur. Je voudrais que vous chantiez une chanson de lui." Maurice Chevalier n'aime pas Y a d'la joie. Il la fait écouter à Mistinguett: "Me faire chanter La Tour Eiffel part en balade Il faut être fou pour écrire des trucs pareils." La réplique de Mistinguett: `Le fou, c'est toi, si tu ne chantes pas cette chanson!"

Douce France. Le chanteur se trouvait au Québec. Il est reçu dans une école. Pour lui, l'instituteur avait enseigné à ses élèves une chanson sur la France: Douce France. Les enfants l'interprètent. Puis le maître se retourne vers Trenet et, le plus sérieusement du monde, il lui dit: `Elles étaient quand même belles ces chansons du 18e siècle.´ Toujours au Québec. Cette fois, Trenet n'est pas là, mais le Général de Gaulle oui. Le jour de sa visite, au lieu de jouer La Marseillaise, l'orchestre a entonné Douce France . Comme si de rien n'était, le Général s'est mis au garde-à-vous.

L'âme des poètes. En 1965, Charles Trenet est présenté au Général de Gaulle, à l'occasion du gala annuel du ministère de la Justice. Le chef d'Etat lui dit: `Savez-vous que j'ai parlé de vous, ce matin, au conseil des Ministres. Je leur ai dit: `Et surtout, n'oubliez pas que longtemps, longtemps, longtemps après que vous aurez disparu, vos décrets courront encore dans les rues.´

La romance de Paris. Trenet s'est souvent plaint d'avoir été plagié par d'autres vedettes. Il a peu attaqué en justice. En général, il n'attaquait pas ceux qu'il connaissait, mais plutôt ceux qu'il n'avait jamais rencontrés. Ainsi, en 1963, à 50 ans, il déposa une plainte en plagiat contre Claude François, jeune chanteur yéyé, estimant que la chanson Je sais ressemblait trop à En avril à Paris. Puis, après avoir dîné avec Claude François et l'avoir trouvé sympathique, il abandonne sa plainte. Par contre, en 1967, il poursuit Charlie Chaplin en justice, considérant que la musique du film La comtesse de Hong Kong est un plagiat de La romance de Paris. Dans la vague du yéyé, Charles Trenet ne retient qu'un seul nom. Un seul chanteur dont il dira, dès le début: `Celui-là, il durera! Il changera, mais il durera.´ Il cite ainsi Johnny Hallyday.

E.P.