Il y a cinq ans : le dernier Adieu du chanteur verviétois

VERVIERS Pierre Rapsat n'avait que 53 ans. Un an plus tôt, ce qui restera comme son dernier album, Dazibao, conduit par deux chansons exceptionnelles, Les rêves sont en nous et Ensemble, amenait les plus grands espoirs. À commencer par une tournée d'été avec l'Ensemble Musiques Nouvelles qui devait être ponctuée par deux shows, sur la Grand-Place de Bruxelles et aux Francofolies. Pour septembre, on lui promettait l'Olympia, en première partie de Maurane.

En juin, il interrompit la préparation de ce programme pour quelques jours de repos, à l'île de Ré. C'est au retour de ces vacances que la maladie a commencé à l'inquiéter et le força à annuler d'abord la Grand-place et Spa, puis l'Olympia. Il est revenu sur scène, affaibli, le 2 décembre à Malmedy et donna encore quatre autres concerts dont le dernier, le 1er mars à Ath. Six semaines plus tard, le 20 avril, tout était fini. Cinq ans après, Marie-Ange Rapsat, son épouse, apparaît pour la première fois dans une émission de télé, dans Quelque chose en nous de Rapsat (ce dimanche sur La Une). Elle avait choisi de vivre dans l'ombre de son musicien. Apparaître, tout d'un coup, fut, pour elle, une épreuve : "C'était ma première télévision. Ce sera aussi la dernière ! Je suis d'un naturel réservé. Nerveusement, ça m'était difficile. En même temps, j'ai accepté de venir avec mon fils parce que nous en avions assez que d'autres s'expriment à notre place. Mais il est clair que si Pierre avait encore été là, nous aurions tous les deux refusé de participer à une émission. Lui-même, il restait très secret sur sa famille et sa vie privée".

Dans la vie, et même dans sa carrière, Marie-Ange était plus qu'une épouse : une complice. "Il me faisait tout écouter et voulait mon avis. J'estime que j'avais un rôle assez ingrat. Et ça recommence maintenant avec mon fils qui s'est lancé dans le rap ! Pierre me consultait surtout pour ce qui touche les textes, la syntaxe, la grammaire... Je lisais énormément. Lui aussi, d'ailleurs. Par contre, je ne suis pas musicienne, mais il me faisait écouter ses chansons. Il aimait, bien sûr, que je dise d'une chanson qu'elle était merveilleuse. Mais je me souviens d'une fois où il m'avait fait écouter une chanson que je trouvais trop longue, avec trop de changements de rythmes. Il m'a répondu, un peu fâché, que je n'y connaissais rien. Je lui ai dit : "Si tu ne veux pas mon avis, ne me le demande pas". À l'époque, nous habitions une ferme à Battice où Pierre avait aménagé une étable en local de répétition. Les musiciens sont arrivés et là, je l'ai clairement entendu leur dire : "Au fait, j'ai pensé que ce titre est trop long !" Comme si c'est lui qui y avait pensé ! J'ai pensé : "Toi, mon ami !" Mais, au moins, j'avais une satisfaction : à ma grande surprise, il avait tenu compte de mon avis."

Les concerts ? "Au début, je le suivais partout. Même en studio, j'étais là. J'adorais ça. J'ai vécu une époque pionnière. Mais quand Thomas est arrivé, je n'y suis plus allée très souvent. Sur une tournée, j'essayais toujours d'être présente à la première date et au concert de Verviers. Par contre, sur la dernière tournée, il tenait à ce que j'assiste à tout. J'ai raté une date. J'avais une très bonne raison. Mais il m'en a voulu quand même. Je n'avais jamais imaginé que ça avait une telle importance pour lui."



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