L’Anglaise revient avec son sixième album

BRUXELLES Jean-Louis Murat lui a dédié une chanson (Polly Jean). Dans le privé et le temps d’un duo (Henry Lee), elle a formé le couple idéal avec Nick Cave. Son disque To bring you my love est considéré comme l’un des meilleurs des années nonante. Mais ce qu’il faut surtout retenir de l’Anglaise PJ Harvey, c’est cette sensibilité à fleur de peau qui résonne dans sa voix, transcende sa musique et pimente tous ses textes.
Stories from the city, stories from the sea, son sixième album, sort ce lundi et comprend 12 morceaux, dont This mess we’re in, un somptueux duo avec Thom Yorke de Radiohead. Comme son titre le laisse supposer, il a été enregistré dans des villes (Londres et surtout New York où elle a vécu six mois) et près de la mer, dans son Dorset natal. C’est là que nous l’avons jointe au téléphone pour un entretien exclusif.

Qu’avez-vous ressenti lors de la première écoute de cet album?

"J’en suis encore trop proche pour en tirer les enseignements. Avant de l’enregistrer, j’avais envie d’un disque bien produit, simple et mélodique. Je crois que le résultat est atteint. Pour répondre de manière plus précise à votre question, je vous avouerais que, lors de cette première écoute, j’ai apprécié Stories from the city, stories from the sea du début à la fin. C’est déjà un très bon signe. Je n’éprouvais pas ce sentiment avec mes autres albums."

Vous avez séjourné six mois à New York. Dans quel but précis?

"Pour des raisons personnelles et pour travailler sur l’album. J’ai toujours aimé bouger, m’installer dans un endroit et y vivre plusieurs mois. Pour l’écriture, c’est très important. Cela me permet de m’imprégner de nouvelles atmosphères et de ne pas revenir sans cesse sur les mêmes thèmes dans mes chansons. En restant six mois à New York, j’ai dû acquérir des réflexes quotidiens: prendre le taxi, sortir les poubelles, aller au supermarché… Je ne me suis pas sentie New-Yorkaise pour autant. Comme moi, beaucoup de gens partent à New York pour refaire leur vie, retrouver l’inspiration ou pour s’offrir un break."

Jeune, quelle vision aviez-vous de cette ville?

Adolescente, j’en avais une image effrayante. Tout m’y semblait trop grand. Mais lorsque j’ai posé les pieds pour la première fois dans la Grande Pomme, au début des années 90, ce fut le coup de foudre. Tout me semblait familier. Sans doute parce que j’avais été abreuvée inconsciemment de films et de séries télévisées. J’avais, du reste, l’impression de me trouver dans un film. Musicalement, il y avait aussi toutes ces références à Dylan, au Velvet ou au CBGB’s ( ndlr: le club où ont débuté Blondie, Television, les Taking Heads ou The Ramones) qui me revenaient.

Malgré votre passion pour les voyages, vous revenez souvent dans votre Dorset natal. Ce fut aussi le cas pour terminer cet album…

"Il n’y avait pas de volonté de ma part de tout écrire à New York. Six morceaux du nouvel album ont été créés à New York, les autres le furent à Londres et chez moi, dans mon petit village du Dorset. Le titre de l’album a deux origines. D’abord, je souhaitais montrer où les chansons avaient été écrites. Ensuite, j’étais attirée par cette complémentarité entre la ville et la mer. La mer représente notre inconscient, la terre représente notre conscience. J’aime cette idée de passage entre l’imagination et la réalité.

Et vous, dans quel monde vous sentez-vous le plus à l’aise?

"Je crois qu’on a tous besoin des deux. En tant qu’artiste, et surtout en tant que compositrice, une grande partie de ma vie se passe dans le monde imaginaire. Il faut arrêter de croire que tout ce que je chante ou ce que j’écrit est autobiographique…

"J'ai écrit le duo en pensant à Thom Yorke