En février dernier, l’assassinat de Pop Smoke a bouleversé le monde du rap. L’artiste de 20 ans était alors en pleine ascension, il venait de collaborer au projet de Travis Scott, JACKBOYS et de présenter sa deuxième mixtape. Son album posthume, Shoot for the Stars, Aim for the Moon, vient tout juste de sortir. Produit par 50 Cent, l’album regroupe de nombreux invités comme Future, DaBaby, Tyga ou encore Roddy Rich. Preuve de sa popularité, il devient l’artiste le plus écouté sur Spotify le jour de la parution de l’opus avec 41 millions de streams.

La première semaine de la sortie, le disque s’écoule à près de 250 millions d’exemplaires. Il réalise ainsi le meilleur démarrage d’un album posthume depuis celui de Michael Jackson en 2009, intitulé sobrement Michael. Avec cette performance, l’album du jeune rappeur a rapidement grimpé à la première place du classement Billboard. Il rejoint alors le cercle fermé des artistes décédés avec des albums en tête des charts, dans lequel on retrouve notamment Notorious B.I.G ou 2Pac. Le dernier opus posthume a occupé cette position était celui de XXXTentacion, Skins, en décembre 2018.

Il y a quelques jours, c’est le travail d’un autre rappeur disparu qui a vu le jour. Legends Never Die de Juice Wrld, décédé fin 2019, est parvenu à faire planter différentes plateformes de streaming tant la demande était forte. Avec plus de 2000 chansons enregistrées encore en stock, ses proches ont annoncé que d’autres albums étaient dans les tuyaux ainsi qu’un documentaire.

L’exercice de l’album posthume est toujours délicat. Il balance souvent entre l’envie de rendre un dernier hommage et l'attrait économique. Les albums parus après la mort peuvent en effet paraître comme un business attractif et lucratif, en surfant notamment sur l'émotion des fans pour vendre toujours plus. Le second disque posthume de XXXTentacion montre les limites de telles pratiques. Pauvrement construit, il donne l’impression que l'on a raclé les fins fonds de tiroir pour en extraire quelque chose. D’autres, comme ceux de Mac Miller ou de Leonard Cohen, apportent par contre une réelle plus-value à la discographie d'un artiste.

Plusieurs années après leur mort, des chanteurs comme Johnny Hallyday ou Michael Jackson continuent de connaître le succès grâce à l’inondation de best of, rééditions, compilations et autres coffrets. Ce dernier est d’ailleurs l’un des artistes morts les plus rentables de l’histoire, tout comme Elvis Presley. Jimi Hendrix, lui, a sorti plus d'albums après sa mort que de son vivant, tandis que Jeff Buckley s'est surtout fait connaître après sa mort. Mais jusqu'où peut-on aller dans ce business post-mortem? L'héritage musical doit continuer de prévaloir sur les intérêts financiers et commerciaux. La famille de Charles Aznavour n'a préféré pas rentrer dans ce jeu là."Je pense que ce n'est pas obligatoire ou important… C'est un peu anecdotique d'avoir cinq nouvelles chansons pour l'instant", déclarait Mischa Aznavour en 2019 sur RTL.