Cela faisait une éternité que l’on n’avait plus eu de nouvelle de Birdy, alias Jasmine van den Bogaerde. Cinq ans ! Ce qui paraît être un rythme de production normal pour quelqu’un comme Laurent Voulzy, s’apparente à une interminable absence pour une jeune femme qui a aujourd’hui 25 ans. D’autant plus qu’elle affolait littéralement tous les compteurs avant de s’évaporer : 21 singles de platine, 3,3 milliards de streams et un milliard de vues sur YouTube !


Qu’est-il arrivé à Birdy pour qu’elle s’éclipse de la sorte à l’aube de ses 20 ans, elle qui depuis sa victoire dans le concours musical Open Mic en 2008, à seulement 12 ans, enchaînait tournées, albums, titre sur des bandes originales (Vampire Diaries, Hunger Games, Crisis, The Originals, Rebelle, etc.) et prestations prestigieuses, dont la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Londres en 2012 ? Elle s’en explique à l’occasion de la sortie de Young Hearts, son nouvel album, le quatrième déjà, disponible depuis quelques semaines et qui tranche avec ce qu’elle proposait précédemment. Il y est question de rupture et de beaucoup de solitude

Que s’est-il passé pour que vous disparaissiez aussi longtemps ?

"Je n’avais pas cessé de tourner et d’enregistrer depuis l’âge de 14 ans. Il fallait que je connaisse autre chose, que je vive une vie normale, sans tournées. Et que je passe du temps avec ma famille et mes amis. J’en avais besoin aussi pour écrire. J’avais commencé à écrire mais ce n’est pas aller très loin. Ce n’est qu’après avoir pris des vacances très réjouissantes avec ma sœur et mes cousins que l’écriture de ce disque a pris forme. Une grande partie de l’album parle de rupture amoureuse. C’était difficile à exprimer et cela explique pourquoi cela a pris autant de temps."

Avez-vous le sentiment que cette activité incessante depuis votre enfance vous a privée des choses de la vie ?

"Il y a un peu de ça. J’ai certainement manqué d’être plus souvent avec mes amis, d’aller à des festivals ou des soirées. Mais d’un autre côté, les festivals, j’y jouais. Et je tournais. Tout cela était vraiment très bien. Il y avait du bon et du moins bon dans cette situation."

Avez-vous changé au terme de ce long break ?

"Je le pense, en effet. Plutôt beaucoup, en réalité. Mais c’est surtout ma musique qui n’est plus la même au regard de ce que je faisais avant. Comme je me sens plus forte qu’avant, j’ai cru en ces nouvelles chansons et à la façon dont elles devaient sonner alors qu’au début, en les entendant, c’était difficile. J’ai fait confiance à mon intuition."

N’était-ce pas un peu risqué vis-à-vis de vos fans de vous éloigner si longtemps et de revenir avec un disque si différents ? Un artiste pousse l’autre de nos jours. Et l’univers de la musique change aussi très vite…

"C’est dingue de voir à quel point l’industrie musicale a subi des bouleversements depuis la sortie de mon premier disque. À l’époque, on parlait encore de sorties physiques, désormais c’est le streaming qui est roi. Ça m’impose d’être plus présente sur les réseaux sociaux par exemple, même si ce n’est pas quelque chose d’intuitif, de naturel pour moi. Mais j’apprends à maîtriser cette partie-là du travail également. Il était cependant très important pour moi que ce nouvel album sorte en version physique, avec une pochette travaillée. Cela forme un tout avec la musique. Je voulais que l’ensemble raconte une histoire. On m’a proposé de ne sortir que des singles les uns après les autres, sans passer par la case album. Ce n’était pas concevable à mes yeux. Je voulais faire quelque chose dont je sois fière, c’était la seule chose qui comptait."

Allez-vous encore prendre cinq ans avant de revenir avec le prochain album ?

"Oh non, j’espère ne pas prendre autant de temps pour le suivant. Parce que ça a été un processus douloureux. Le prochain, je pense le faire en une semaine (rire)."

À l’écoute, ce disque n’est plus l’album d’une adolescente mais celui d’une femme…

"Il est clairement plus introspectif. Je me suis basé sur mes expériences et inspirée de Joni Mitchell, de sa façon d’écrire très dialoguée, comme si je me confiais à un ami. Un peu à la façon d’un journal intime. Ça rend les choses plus passionnelles, plus honnêtes aussi. Je n’avais jamais fait ça et j’ai adoré le faire. S’il doit y avoir un morceau qui représente le cœur de cet album, c’est la chanson qui a donné son nom au disque, ‘Young Heart’. C’est celle qui explique tout. C’est la première que j’ai écrite pour l’album. Elle a une influence très soul parce qu’à l’époque j’écoutais beaucoup Nina Simone et Etta James. Elle parle du fait qu’à un moment donné on quitte la jeunesse pour voler de ses propres ailes. Il y a ce conflit entre le fait de ne pas vouloir se retrouver toute seule et le fait de devoir s’affranchir de ce qu’il y avait avant pour entamer ce nouveau voyage. Ce disque parle du périple d’une jeune femme qui essaie de trouver son chemin à coups de bons et de mauvais choix."


Ça fait quoi d’écrire et d’enregistrer à Los Angeles et à Nashville, temple de la musique aux États-Unis ?

"J’ai adoré cela, que ce soit à L.A. ou à Nashville. Ce qui est incroyable à Nashville, c’est que toutes les personnes que vous croisez sont des musiciens. L’atmosphère y est aussi très agréable et il y a un bon feeling. Être là-bas a fait baisser la pression parce que chaque personne était présente pour faire les choses le mieux possible. À aucun moment j’avais l’impression de travailler."

Malgré tout votre parcours depuis l’âge de 12 ans, vous aviez de la pression sur les épaules ?

"Pas vraiment, juste celle de finir le disque. En revanche, ce qui est étranger c’est de le sortir sans pouvoir immédiatement partir le défendre sur scène. Je dois attendre le mois de novembre avant de pouvoir me produire en concert. Ce sera à Londres et ce sera très chouette."

Je crois savoir que vous avez des liens avec les Pays-Bas et la Belgique comme l’indique votre nom. Vous avez gardé des contacts avec ces deux pays ?

"Bien entendu. Je connais très bien les membres de ma famille qui sont en Belgique. J’y ai de nombreux cousins, principalement dans la région de Bruges. Quand mon premier album est sorti, j’ai aussi passé beaucoup de temps au Pays-Bas où je me suis bien amusée, en particulier à cause de mon nom de famille. (rire)"

Parlez-vous français ou néerlandais ?

"Pas le moins du monde à l’exception de quelques mots de français."


Quel est votre rêve ultime ?

"Faire une bande originale complète ! Pour quelqu’un comme Tim Burton ou pour Disney-Pixar. J’ai déjà chanté une chanson pour une production de Pixar, Rebelle."

Pas seulement pour Pixar, on voit votre nom dans plein de génériques : Vampires Diaries, Hunger Games, etc.

"J’espère avoir l’opportunité d’en faire encore plus parce que j’adore ça. C’est peut-être même ce que je préfère faire. J’ai envie d’apprendre à mieux écrire pour le cinéma et la télévision. Ou pour faire des livres parce que j’apprécie beaucoup cela aussi. Il n’y a rien de prévu dans l’immédiat parce que je me concentre sur le nouvel album mais on verra bien ce qui arrivera ensuite."