L’interprète est de retour avec un album de compositions originales, le premier depuis huit ans.

Lorsqu’un artiste de légende revient avec une nouvelle livraison de chansons, on se retrouve souvent partagé entre le plaisir de retrouver une voix aimée et la crainte d’être déçu. Huit ans après Tempest, Bob Dylan est de retour de manière inattendue avec une flopée de compositions originales sur Rough and Rowdy Ways. Des titres longs, oscillant autour des 6 minutes, jusqu’aux 17 minutes du morceau de clôture, "Murder Most Foul". Avec ce dernier, l’icône des années 60 a d’ailleurs décroché son premier numéro un au classement Billboard depuis le début de sa carrière. Il était temps.

En 1976, Bob Dylan dénonçait les violences à l’encontre de la commaunuté noire aux États-Unis avec "Hurricane". Ce dernier album sort aujourd’hui dans un contexte particulier, où les luttes antiracistes ont repris de plus belle. S’il n’est plus le chanteur contestataire qu’il était à l’époque, il continue d’accompagner les moments importants de l’Histoire.

Impossible de ne pas s’arrêter une nouvelle fois sur sa voix devenue rugueuse, usée par le temps, le tabac et l’expérience, qui remplace celle plus nasillarde d’autrefois. Une tessiture basse qui intensifie ses mots, le son acoustique des guitares et l’univers ombreux qui couvre l’album. Le chanteur nobélisé joue avec les références cinématographiques (Scarface, The Godfather, Indiana Jones), littéraires (Frankenstein, Edgar Allan Poe) ou musicales (Rolling Stones, Beethoven), rend hommage au guitariste de blues Jimmy Reed et évoque l’assassinat de Kennedy.

"I’ve already outlived my life by far", chante-t-il, ce que l’on pourrait traduire par " J’ai déjà largement survécu." S’il pourrait continuer de laisser son passé et son héritage parler pour lui, Bob Dylan n’est pas du genre à choisir la facilité. À 79 ans, il prouve qu’il a non seulement encore des choses à dire, mais qu’il est aussi toujours capable de surprendre par sa vitalité et sa force créatrice.

Rough and Rowdy Ways est un regard contemplatif sur son parcours, un instantané de toute l’histoire du rock and roll américain tout en étant pleinement dans son époque. Un testament du monde d’hier et d’aujourd’hui.