L'icône pop américaine Prince poursuit 22 internautes pour la diffusion des enregistrements clandestins de ses concerts. Il demande un million de dollars de dommages et intérêts à chacun des propriétaires de sites ou pages facebook offrant et propageant gratuitement sa musique sur le web. C'est The Guardian qui révèle l'affaire et affirme que Prince a déposé plainte la semaine dernière devant un tribunal de San Francisco. Les différentes charges sont couchées dans un procès de 21 pages.

Parmi les diffuseurs de contenus incriminés, on retrouve des structures plus importantes – comme World of Bootleg ou NPR Univers – mais aussi des blogs ou des sites personnels de fans, tels que Purple House, Purple Kiss ou encore Funky Experience Four. Ceux-là permettent en effet de télécharger des vidéos de concerts de Prince, sans contrepartie financière. Parmi ces lives, on trouve une prestation récente de Prince à Charlotte (du 24 mars 2011) mais également des extraits qui datent, comme ce show du 24 avril 2002 à Oakland ou encore celui du 10 avril 1983 à Chicago.

Sur le forum internet Prince.org de nombreux fans ont exprimé leur déception au sujet de la démarche de leur pop star préférée. Une démarche qui pourrait être motivée par les difficultés financières de la star, qui a maintes fois démontré ses difficultés de gestion de par le passé (conflit avec un promoteur de concert irlandais, accrocs avec le fisc français, etc.).

Nous avons quant à nous interrogé Marc Isgour – avocat au Barreau de Bruxelles depuis 1991, spécialiste du droit de la communication et de l'information ainsi que du droit des médias dont le droit à l'image – sur la portée d'une telle plainte et ses chances d'aboutir. "Il y a de plus en plus de néo-journalistes aujourd'hui. Des amateurs qui peuvent se revendiquer de ce droit d'informer pour reproduire l'image d'une personne, pour autant que cela ne porte pas atteinte à sa vie privée et qu'aucune exploitation commerciale n'en découle. Dans ce cas-ci, cela ne semble pas être le cas. On n'est pas pour autant dans une exploitation commerciale mais bien dans une exploitation qui nécessite en principe l'aval de la personne représentée."

Certes, c'est donc illégal dans les formes... Mais 1 million de $ chacun en dommages et intérêts!!? On savait Oncle Sam nation juridique de tous les possibles, mais quand même... "Tout n'est pas permis aux États-Unis, loin s'en faut... Par contre, il n'existe pas aux USA de droit à l'image qui aurait les mêmes contours que chez nous. Le système anglo-saxon est plutôt celui du Right of publicity et du Right of privacy, similaire mais pas identique. En Angleterre, c'est vrai, les tabloïds sont beaucoup moins en danger qu'en France ou qu'en Belgique lorsqu'ils utilisent les images de quelqu'un."

Pourtant, à l'heure du web sans cesse nouveau et des réseaux sociaux, tout le monde partage à tout va et les photos et vidéos de vedettes – ce compris celles faites maison à l'aide d'un smartphone – sont légions. Tout cela est donc vraiment illégal? "C'est devenu une pratique courante en effet, mais mettre sur Facebook des photos de stars ou même d'autres individus sans accord préalable est illicite, car il y a bel et bien utilisation de l'image sans autorisation expresse de la personne." Va-t-on vers une jurisprudence qui changerait à jamais la donne en la matière?

La semaine dernière, Prince annonçait depuis le salon londonien de Lianne La Havas une mini-tournée dans la capitale britannique, et devrait sortir un nouvel album intitulé "Plectrumelectrum" dans le courant de l'année. Espérons que son public répondra présent et ne lui tiendra pas rigueur de ce triste comportement.