Miam Monster Miam s'invente un univers décalé

BRUXELLES Bon, le garçon est un peu secoué mais pas fou à lier. Il y a même une certaine cohérence dans son doux délire. Jugez plutôt.

"Dans mon esprit, l'homme libellule (NdlR : le nom de l'album) est porteur de l'ADN positive d'amour pour transformer l'humanité mais il n'en est pas conscient, examine Benjamin Schoos. Tout ce qu'il veut dans le disque, c'est se taper des bonnes femmes et aller faire la fête à Saint-Tropez. Il a des tendances suicidaires mais à l'intérieur de lui il est bon et a les capacités pour sauver l'humanité. Il est mi-humain, mi-insecte. Son ADN est pris, les Japonais le re-clonent. Et grâce à ça, il n'y a plus que l'amour sur terre et ça fait naître le nouveau stade de l'humanité, celui de l'enfant cosmique, qui est une libellule. L'esprit matériel est décroché sans le corps. Cet album est peut-être lié à l'angoisse du futur père que j'allais devenir et l'envie de donner une terre heureuse à son fils. Ce vague scénario mental est peut-être un brin tiré par les cheveux."

Légèrement, légèrement. Mais, outre les textes, l'univers musical est aussi truffé de références. "J'étais dans le bus, en route pour aller mixer mon album folk quand j'ai eu comme une envie, quelque chose d'incontrôlable. J'ai vraiment eu une envie - comme une femme enceinte à parfois envie de fraises - de jouer avec mon synthétiseur. Je suis arrivé en studio, ai dit qu'aujourd'hui je ne mixais pas. Comme une intuition, j'ai branché mon tout vieux synthé que je n'avais plus touché depuis des siècles. Quand je l'ai branché, j'ai su que j'allais composer le disque comme ça. Le premier thème que j'ai fait m'a fait penser à La soupe aux choux, un de mes films préférés quand j'étais adolescent, ça et Les gendarmes et les extraterrestres. Ouais, on a les références qu'on a. J'ai aussi pensé aussi à Zardoz (NdlR : film de John Boorman), un film des années 70 assez psychédélique où Sean Connery est en string avec des poils qui ressortent. Ça a l'air kitsch comme ça mais ça pose des questions fortes sur le futur et la manipulation des masses par la haute bourgeoisie dans une planète où les nantis qui ont accès à l'immortalité font peur à des humains normaux pour maintenir leur vie. Le tout dans un décorum particulier et une musique qui évoque ces synthés. Il y a une ou deux chansons qui lient l'album. Dragonflyman est un gros clin d'oeil à L'homme à la tête de chou. Ensuite, Titanus et le morceau final lien qui aborde aussi le thème de la menace terroriste et légère qui pose la question de savoir si les terroristes avaient accès à un remède qui pouvait sauver l'humanité, ce serait bien ou pas ? Accepterait-on que ça vienne d'eux."

Hum ! La question mérite d'être posée. Des questions existentielles, donc, d'un Liégeois priapique qui n'a de cesse de faire référence à Gainsbourg. "J'ai fait ce disque pour m'en débarrasser une fois pour toutes. On sent dans les premières salves de Freaksville avec Jacques Duvall, Juan d'Oultremont et moi-même qu'on a un petit quelque chose de Gainsbourg. Le défi de Freaksville, c'est de muter à un stade supérieur de l'évolution, surpasser Gainsbourg et dépasser cette influence. J'aime bien Gainsbourg qui a brassé plein de musiques alternatives. C'est une écriture, une grammaire qui fonctionne. Le but dans Freaksville, c'est aller au-delà de cette grammaire et réinventer la nôtre. Freaksville, on commence à trouver un son et à avoir une image qui commence à être un peu claire pour le public, dans l'esprit, l'attitude. On va essayer d'encore améliorer ça et de faire des disques encore plus particuliers. On a envie progressivement de réinventer artistiquement une chanson belge qui peut paraître sur un mode mineur. De la chanson pop belge en français."

Pour cela, il faudra peut-être se dépolluer le cerveau. "Duvall il adore la Nouvelle Star, parfois il ne vient pas parce qu'il y a à la télé Sous le soleil, ce bête feuilleton. Il raterait jamais un épisode de sa vie." Ou peut-être qu'il faut justement donner un peu de tout et surtout n'importe quoi en pâture et voir ce qu'il en sort car L'Homme Libellule est plus que plaisant...

Miam Monster Miam, L'homme libellule (Freaksville)



© La Dernière Heure 2007