les réactions des fans allaient, selon les chansons, de la ferveur la plus bruyante à une écoute silencieuse et quasi religieuse


PARIS Le groupe anglais Radiohead, la formation pop-rock la plus importante de ces quinze dernières années du point de vue artistique, a livré un concert de haute tenue mardi pour sa deuxième soirée consécutive au Palais Omnisports de Paris-Bercy, rempli par 17.000 de ses fans.

Le quintette emmené par le chanteur Thom Yorke se produira à trois autres reprises en France dans le cadre de sa tournée européenne: samedi et dimanche aux Arènes de Nîmes puis le 6 juillet au Main Square Festival d'Arras.
Radiohead, qui assure depuis des semaines vouloir tendre vers la tournée la plus écologique possible, semble s'y être efforcé. La configuration de la scène est plutôt minimaliste, si tant est que le terme puisse s'appliquer à des endroits aussi gigantesques que Bercy, et le groupe a voulu éviter d'éclairer le spectacle avec les énormes projecteurs habituels, gros consommateurs d'énergie.

A la place, de longs tubes en plastique conducteurs de lumière, sortes de fibres optiques surdimensionnées, sont suspendus comme des stalactites au-dessus de la scène, qu'ils nimbent de halos verts, violets ou rouges, parfois traversés de zébrures multicolores.

Les projecteurs qui voisinent avec ce dispositif esthétiquement remarquable sont censés être économes en électricité et entre chaque chanson, la lumière est réduite au minimum. Pour autant, il est difficile d'accorder sur un simple coup d'oeil le label "écologiquement correct" à un spectacle qui doit de toute façon être gourmand en énergie, comme tous ceux de sa dimension.

En revanche, du point de vue musical, le doute n'est guère permis: Radiohead est bien un groupe à part, fascinant dans sa capacité à fédérer un énorme public tout en refusant la facilité et la moindre concession artistique.
Les cinq musiciens, qui avaient déployé sur scène deux drapeaux tibétains, ont joué l'intégralité de leur dernier album, "In Rainbows", à commencer par la première de ses dix chansons, "15 Steps", qui a ouvert la soirée.

Ils les ont entrecoupées de morceaux plus anciens, tirés d'albums précédents, parmi lesquels "Airbag" et la magnifique "Karma Police" (issues de "OK Computer", paru en 1997 et devenu depuis un classique de la pop), "Pyramid Song", "Just", "Fake Plastic Trees" ou "Idioteque", qui a conclu le spectacle.
La liste des chansons a évolué par rapport au premier concert de Bercy, lundi, où Radiohead avait par exemple laissé "Karma Police" de côté mais avait joué un autre classique, "Paranoid Android", qu'on n'a pas entendu mardi.
Au total, le groupe a interprété 26 morceaux lors de cette soirée de 2 heures 15 (dont deux rappels).

Comme dans tous les concerts de Radiohead, les réactions des fans allaient, selon les chansons, de la ferveur la plus bruyante à une écoute silencieuse et quasi religieuse. Une dualité symptomatique du pouvoir d'attraction de ce rock cérébral aux constructions complexes mais capable paradoxalement de susciter des émotions presque irraisonnées.

© La Dernière Heure 2008