Jean-François Bernardini, le leader du groupe corse, poursuit son combat pour la non violence avec Pianetta (Planète).

"Si on ne transmet pas cette conscience écologique et planétaire", déplore le chanteur du groupe I Muvrini, célèbre pour ses polyphonies (la main sur l’oreille quand ils chantent, sorte d’ancêtre du casque, pour mieux s’entendre), "on vire dans un monde dangereux tel qu’on nous le propose aujourd’hui."

Un Corse qui parle de non violence, cela peut prêter à rire mais Jean-François Bernardini en a justement fait son cheval de bataille. "Avec Pianetta (Planète en corse NdlR) , on a voulu réaliser un album qui s’adresse non seulement aux petits mais aussi aux grands enfants que nous sommes. Parler aux enfants car ce sont eux qui feront le monde de demain. On est dans une période de non-passation, de non-transmission car on vit dans une société de divertissement en permanence. Les médias comme nous, artistes, devons nous reconnecter avec la Terre mère."

Comment changer le système actuel ?

"Chacun, là où il est, peut faire quelque chose à son échelle. Alors, si vous réduisez votre pouvoir à voter tous les 5 ans, ça ne sert à rien. Tous les jours, le monde prouve qu’il existe des alternatives. Dois-je rappeler que ceux qui ont fait tomber le mur de Berlin étaient des militants de la non violence ? Ils ont prouvé ce jour-là que des caméras étaient plus fortes que des kalachnikovs ! S’indigner, oui mais trouver des moyens nobles pour combattre."

Comme la world music que vous créez…

"Ce sont des petits pas. Il y a 6 ans, si vous m’aviez dit les résultats qu’on a obtenu aujourd’hui sur la non violence, je vous aurais ri au nez. Mais quand on voit les partenariats avec les grands clubs de football ou l’université de Saint-Denis qui sera la première en France à enseigner la non violence à partir de février, tout dépend de ce que l’homme veut cultiver. La violence c’est un marché, un signe de désespoir, un dernier recours. La non violence s’apprend. L’injustice nous fait souffrir. En France, nous sommes les premiers consommateurs d’anxiolytique, cela prouve bien que quelque chose ne va pas ! 220.000 tentatives de suicides par an et 10.000 qui réussissent, vous appelez ça un monde heureux ? On est déconnecté de l’être humain, de notre nature de base qu’est l’empathie."

D’où vient cette souffrance et pourquoi (quand on regarde le Brexit, Donald Trump ou les élections françaises) a-t-on peur les uns des autres ?

"On vit dans un monde où on produit tellement d’exclus, d’humiliés et de déclassés. C’est ce que les neuroscientifiques appellent la douleur limite. Je suis en douleur limite car je perds l’appartenance. Et à ce moment-là, le dernier pouvoir qui reste est soit de tout détruire soit de donner les clés à des gens comme Trump. Or nous pouvons désobéir à cela. On s’étonne qu’on récolte du terrorisme dans le monde ? La violence est un marché, on la sème partout en intervenant dans les pays pour remplacer des démocraties par des dictateurs. La violence est un système parfaitement organisé qui rapporte de l’argent à nos pays. Si on ensemençait autre chose, ça changerait."

Qu’est-ce qui peut nous protéger des actes comme Berlin encore récemment ?

"Ce sont des armes d’instructions massives dont nous avons besoin. Des dictateurs comme Bachar el-Assad ont plus à craindre des armes d’instructions massives que de la violence ou de nos petites armes. Il faut équiper les gens pour la vie dans un monde qui gouverne par la peur. Personne ne se sent plus chez lui. Je pousse les gens à de la citoyenneté participe-active, être dans l’action. En allant plus de 2000 fois dans des collèges parler de non violence comme nous le faisons, je ne sais pas combien d’attentats vous pouvez désamorcer de la sorte… mais j’ai le sentiment que c’est profondément utile. Ce ne sont pas que des mots, c’est une pratique. Je me considère comme un électricien, je reconnecte les gens avec leur vraie nature. La violence étant une violation de notre nature."


I Muvrini, sauveurs de Renaud

"Je lui avais envoyé un texto quand il était en bas, on connaît tous l’enfer qu’il a vécu", confie Jean-François Bernardini au sujet du retour sur scène de Renaud Séchan en février 2015. "Après avoir bu un verre de poésie avec lui, je lui ai proposé de venir nous voir en concert."

Et l’interprète de Toujours debout, après 10 ans d’absence, s’est rendu au Zénith de Rouen. "J’ai salué sa présence, sans le citer. J’ai juste voulu lui dédier une chanson, La ballade nord irlandaise et alors là, les gens se sont rendu compte que c’était Renaud. Puis, à un moment donné, je vois dévaler un mec qui descend toute la salle et monte sur scène. Sans casque, ni répétition et avec une voix qui accuse une sévère bronchite, je lui donne un micro. Ce fut sa première scène après 10 ans. En se quittant, il me dit : vous êtes où demain ? "

Et le chanteur de 64 ans, à l’engagement commun avec le groupe corse ("c’est un frère sur la non violence, la ballade nord irlandaise est d’ailleurs un hymne à la non violence" qui avait déjà collaboré avec Sting ou Brel) est venu sur une vingtaine de dates de la tournée d’I Muvrini. "D’une certaine manière, il a retrouvé une famille, repris confiance en lui et trouvé ses repères. Il s’est remis comme cela; c’était merveilleux, autant pour lui que pour nous. On a vécu des moments très forts." De quoi envisager un futur duo avec l’interprète de Mistral Gagnant ? "Pourquoi pas, c’est quelqu’un qui ne nous lâchera pas la main et nous non plus !"


En savoir plus

Pianetta (Sony Music) avant un prochain album prévu pour mars/avril et I Muvrini sera en concert le 1er mars à Bruxelles, le 2 mars à Mons et le 5 mars à Charleroi.

Infos et réserv. : ticketmaster.be.