Ou l’art d’écrire deux cents pages sur une artiste dont on ne sait rien. Ou presque.

D’entrée de jeu, et histoire qu’on ne vienne pas le lui reprocher ensuite, Jean-Claude Perrier est clair : "Ce qui suit n’est qu’une tentative aussi poussée que possible mais forcément extérieure, de recomposer sa biographie, d’explorer les facettes de son travail, de mêler vie et œuvre, indissociables", écrit-il.

Oui, Mylène Farmer l’intrigue. Voire l’obsède puisque c’est déjà le deuxième livre que ce critique littéraire et musical consacre à la rouquine, le premier, Mylène Farmer, au cœur du mythe, étant sorti en 2003.

Et l’on se dit qu’il faut être bien fou, bien fan ou bien courageux pour se lancer dans une telle aventure, la chanteuse n’ayant de cesse de rappeler que "Le mystère fait partie intégrante de (sa) personnalité… Même pour mes intimes, je reste énigmatique". Bref, on l’aura compris, inutile d’espérer des détails sur son enfance, ses grands-parents et la couleur de sa layette : l’auteur n’en sait pas plus que vous et moi à ce sujet. Tout au plus a-t-il rassemblé quelques confidences faites ça et là, dans une presse souvent des plus bienveillantes, car trop heureuse d’avoir, enfin, réussi à obtenir quelques mots de la star.

Des jeunes années - naissance à Pierrefonds, près de Montréal, le 12 septembre 1961 -, on apprend que Mylène Gautier aime la nature et les animaux. Que son Canada natal lui manque, quand elle débarque en France, à l’âge de neuf ans (papa, ingénieur des ponts et chaussées, va par monts et par vaux), qu’à l’école, "ses camarades se moquent de cet accent prononcé qui la distingue, l’isole".

D’abord, passionnée par les chevaux, elle s’imagine vétérinaire. Sauf que les études, ce n’est pas son fort. Elle tente sa chance au cours Florent, où elle suit les enseignements de Daniel Mesguich avec une certaine Anne Roumanoff. Elle est timide, introvertie. Pourtant, elle se rêve sur grand écran. Mais pour l’heure, elle doit se contenter de petites apparitions dans des pubs, comme celles pour le savon Le Chat Machine ou les ciseaux Fiskars.

On est loin, bien loin, des tenues de scène imaginées par Jean-Paul Gaultier et du halo de mystère qui semble se déplacer avec elle, partout où elle va.

Mais Jean-Claude Perrier, lui, a un livre à écrire et, à défaut d’anecdotes croustillantes sur sa vie privée - il précise d’ailleurs que cela n’a jamais été son projet - il a beaucoup à dire sur les chansons elles-mêmes. Pendant de longues pages, donc, il va décortiquer les textes de Mylène, souvent nés sous sa plume et souvent des plus évocateurs. Pour les fans, c’est une lecture qui peut s’avérer passionnante. Pour les autres, c’est nettement moins amusant à lire. Idem pour les clips, qu’il décortique tant et si bien qu’on finit par se demander si, au final, ce n’est pas pour (un peu) s’en moquer…

À la fois admiratif de son sujet et bien conscient qu’il ne doit pas tomber dans le panégyrique, il marche sur un fil ténu, qui ne lui évite pas quelques ridicules. Comme quand il écrit "Mylène ou le frisson dans la moelle épinière, l’onde de plaisir qui sillonne l’épine dorsale".

Ça et là, il nous remémore quand même des faits marquants de la vie de la chanteuse, comme l’assassinat, par un fan fou furieux, du réceptionniste de sa maison de disque, qui refusait de lui donner l’adresse de la chanteuse. Ou cette chute spectaculaire, sur scène, qui lui valut un poignet cassé et la suspension de sa tournée.

À la fin de l’ouvrage, évoquant une interview donnée à Gala, en 2015, l’auteur parle de "deux pages de texte où il faut reconnaître que l’on n’apprend pas grand-chose". Euh, pas mieux.

Jean-Claude Perrier, Mylène Révélée, Ed. Mazarine