Il m'avait demandé : "Ne me fais jamais choisir"

VERVIERS "Je l'ai rencontré à l'époque des Ducs, un groupe de bal assez populaire dans la région. Francis Géron, qui tient aujourd'hui un club célèbre, le Sixty Six, en faisait partie et c'est lui qui a aperçu Pierre, un jour, alors qu'il frimait avec sa guitare près des autoscooters de la fête foraine. Il se trouve qu'un peu plus tard, les Ducs se sont trouvés sans guitariste et Francis a proposé à Pierre, qui devait avoir 14 ans, de jouer dans le groupe. Moi aussi, j'étais très jeune. Mais une ou deux fois, à la fin de l'époque des Ducs, j'ai pu aller les voir. Accompagnée, bien sûr. À l'époque, Pierre ne chantait pas et je l'ai surtout entraperçu. Nous avons commencé à sortir ensemble quand Pierre avait vingt ans. Il était très proche de mon frère qui avait plus ou moins le même âge que lui et qui était aussi musicien. Pierre avait également un frère mais il avait dix ans de moins que lui. Ses soeurs étaient encore plus jeunes. Du coup, en ce temps-là, il était plus proche de mon frère que du sien. Ça nous a rapprochés."

Vous-même, vous étiez attirée par la musique ?

"J'y étais entraînée par mes frères. Je baignais là-dedans. Tous mes copains étaient des musiciens."

Il avait un look grunge...

"Pas à l'époque des Ducs. D'abord, en ce temps-là, il vivait encore chez ses parents et il ne faisait pas ce qu'il voulait. Mais, en plus, le mot Duc signifiait, pour eux, dynamique, chic, sympathique. Ce qui suppose qu'ils devaient être habillés chic. Même si ce n'était pas vraiment ce dont il avait envie. Quand il a été livré à lui-même, il a drôlement changé. Mais ça, c'était le temps du groupe Laurélie."

Il vivait déjà de la musique ?

"Il se débrouillait ! Il n'avait pas de grands besoins. Il vivait dans une chambre de bonne, à Liège. Il a fait quelques petits boulots. Des travaux de bureau. Mais il n'a jamais envisagé de vivre d'autre chose que de la musique. Dès le début, il m'en a averti. Il m'a dit : "Ne me fais jamais choisir". Je n'en aurais jamais eu l'idée."

Vous viviez déjà ensemble ?

"Non. Moi, j'étais de Welkenraedt et j'avais un boulot près de la frontière allemande. Je le rejoignais le week-end."

Après, il a fait partie du groupe Gengis Khan ?

"Et il a vécu à Bruxelles, dans une maison communautaire de Watermael-Boitsfort. Il n'y avait que des garçons là-bas. Vous n'imaginez pas le désordre. C'était abominable... (rires) À l'époque, il ne chantait pas... Il n'a jamais chanté ni pour les Ducs, ni pour Laurélie, ni pour Gengis Khan. Lorsque ce groupe s'est séparé, Pierre a discuté avec un copain de Verviers, qui avait aussi fait un disque et qui était surtout parolier, Eric Van Hulse. C'est lui qui a proposé à Pierre de composer des musiques. Éric faisait les textes. Ils ont commencé par donner des chansons à d'autres. Au groupe Tenderfood Kids, ici à Verviers. Au chanteur liégeois Paul Simul, qui était talentueux mais ingérable. Ils en avaient marre qu'à chaque fois, ça s'arrête et c'est pour cela que Pierre s'est mis à chanter. Mais pour moi, il n'était pas un chanteur naturel. Il n'a jamais été de ces types qui chantent quand ils sont dans leur salle de bains. Quand on voyageait en voiture, au bout de quelques kilomètres, il partait dans son monde. Je le voyais qui battait la mesure sur son volant, avec les lèvres qui bougeaient. Mais il ne chantait pas. Tout se passait dans sa tête. Je trouvais ça bizarre pour quelqu'un dont le métier est d'être chanteur."

Il a commencé par chanter en anglais

"Le rock, ça devait être fait en anglais. Il a fait deux ou trois albums. Mais il a compris que ce n'était pas sa langue, qu'il prononçait mal et il s'est dit qu'on avait le droit de faire, en français, autre chose que de la variété. Mais son premier album en français, New York, ne s'est vendu qu'en 500 exemplaires. C'est parce qu'il est si rare qu'aujourd'hui les collectionneurs l'achètent pour 500 euros."



© La Dernière Heure 2007