Les spécialistes des Beatles ne s'attendent pas à ce que les bandes retrouvées aux Pays-Bas apportent des miracles

BRUXELLES Ce fut assurément une des grandes informations du week-end: la police hollandaise aurait mis la main sur 550 enregistrements des Beatles qui furent dérobés voici plus de trente ans. Selon les premières informations, ces bandes contiendraient des morceaux considérés comme des inédits.

En Belgique, les spécialistes de l'oeeuvre des Beatles en doutent sérieusement. Et voici pourquoi.

Commençons par les faits. Au terme d'une enquête qui a duré plus d'un an, cinq personnes (trois Britanniques et deux Néerlandais) ont été arrêtées vendredi, dont trois près d'Amsterdam et deux à Londres, lors d'une opération conjointe des polices britannique et néerlandaise. Les recéleurs ont pu être arrêtés grâce à la collaboration de la maison de disques britannique EMI, qui avait averti la police après avoir été approchée par des personnes proposant de lui vendre, pour 450.000euros, des enregistrements volés des Beatles.

Les bandes en question datent de l'extrême fin du groupe, en 1970. Les Beatles étaient déjà déchirés par d'incessantes disputes et, du reste, ces bandes en témoignent puisqu'on entend clairement une altercation opposant John Lennon et George Harrison, lequel finit par quitter le studio.

Toujours est-il que les Beatles avaient décidé d'enregistrer quand même un dernier album mais, cette fois, ailleurs que dans leur studio fétiche d'Abbey Road et sans la collaboration de George Martin, leur ingénieur du son attitré. Le groupe émigre donc dans le studio de Twinckenham avant de revenir finalement chez Apple, leur propre maison, pour y terminer ce qui sera leur ultime disque, Let it be.

Il semble que ce soit à Twinckenham que les fameuses bandes de travail ont été volées. L'affaire ne semble pas avoir fait grand bruit à l'époque car aucun des spécialistes des Beatles que nous avons interrogés ne se souvenait de cette affaire de bandes volées.

Par contre, ils connaissent tous les albums pirates pressés précisément aux Pays-Bas, à partir de 1975, sous le nom de Twickenham album.

A Mons, Alain Cardon organise, chaque année, une convention réunissant les fans des Beatles: `J'ai entendu cet album pirate, il y a vingt-cinq ans de cela. Dans les cercles proches des Beatles, tout le monde savait que ces disques pirates avaient été pressés aux Pays-Bas. Selon moi, il n'y a pas de chanson nouvelle des Beatles sur ces enregistrements. Et quand on parle de 550 chansons, c'est parce qu'il y a toutes les prises des chansons qui, comme Get back, vont se retrouver sur l'album Let it be. Il y a quelques chansons qui ne sont pas sorties officiellement dans la discographie des Beatles, mais que Paul McCartney ou John Lennon ont reprises par la suite dans leurs disques solo. Je me souviens notamment de Teddy boy qui se retrouve sur le premier album solo de McCartney.´

Les enquêteurs ont donné beaucoup de détails sur le contenu des bandes retrouvées: `On a l'impression d'être plongés dans le studio avec les Beatles. On les entend enlever leur manteau, discuter, ou encore Paul McCartney demander un sandwich. Ce sont des moments irremplaçables.´. Mais ils n'ont livré aucun titre d'une chanson éventuellement inédite.

© La Dernière Heure 2003