Roch Voisine promet qu'il sera fidèle. A lui-même?

BRUXELLES Le temps a passé, les tempes ont un peu blanchi mais le sourire est resté le même. Le discours, par contre, est plus franc, à l'image de la main qu'il vous tend. Roch Voisine a mûri, s'est marié et n'est plus aujourd'hui celui qu'on a voulu qu'il soit, mais celui qu'au fond il a toujours été. Un type rigolo, passionné de musique et heureux comme un prince quand on le laisse faire ce qu'il aime par-dessus tout: accoucher de ses chansons et s'enfermer en studio. Ces bonheurs-là, il les a vécus lors de la préparation de Je te serai fidèle, son nouvel album qui mélange anciens titres et nouveaux morceaux... «C'est classique, depuis cinq ou six ans, de faire un best of avec deux ou trois inédits pour les radios. Contractuellement, je devais faire un truc comme ça, mais je ne trouvais pas ça très intéressant. Je voulais en offrir plus à mon public. J'ai travaillé 14 anciennes chansons et j'en ai ressorti 7. Il y a eu plus d'inédits que prévu, j'y ai ajouté I'll always be there et je me suis retrouvé avec 15 morceaux...»

Goldman, Lea Ivanne, Bill Ghiglione vous ont offert des textes. De belles amitiés ou de belles rencontres?

«Jean-Jacques m'a envoyé On mentira indirectement. Les autres, ce sont les compagnies de disques qui cherchent des chansons et qui thésaurisent pour leurs artistes.»

On mentira fonctionne à la première écoute. C'est le sentiment que vous avez eu?

«En démo, peut-être pas. Jean-Jacques m'avait fortement suggéré de la faire en acoustique, mais je ne l'entendais pas comme ça. C'est une chanson qui avait besoin d'énergie. Je suis content que ça le fasse

Sur On a tous une étoile, vous évoquez les ombres qui font douter et les étoiles qui sont les raisons de vivre. Quelles sont les vôtres?

«Ma première étoile, c'est la musique. Ça m'a gardé les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Et la plus grande lumière de ma vie, c'est ma femme. Vous allez me dire que c'est tout nouveau... Oui, mais c'était très évident. Et pourtant, après 40 ans, ce n'était pas si évident! On n'y croit plus à un moment donné. Ce qui m'a fait douter? La vie s'en charge... Tout jeune, mes parents ont divorcé; sentimentalement, j'ai eu un parcours assez bousculé. J'ai dû dealer avec ça toute ma vie. Raison pour laquelle j'ai écrit tant de chansons où la fille partait tout le temps. Il y en a moins maintenant, je ne sais pas si vous avez remarqué? J'en avais marre de pleurer sur ma guitare... Ce qui ne veut pas dire que c'est ce que les gens préfèrent. Mais une vraie volonté d'aspirer au bonheur.»

Sortir des albums en français et en anglais, à ce rythme-là, cela ne rend pas schizophrène?

«Presque! Je ne suis pas schizo, mais j'ai parfois eu l'impression de vivre deux vies. Moins maintenant qu'à l'époque. Ici, j'étais un boys band à moi tout seul et, au Canada, j'animais des émissions de télé, de grands galas. C'était très difficile. J'en ai eu marre, à un moment, de me promener ici avec un manteau de cuir rouge et blanc et de jouer au jeune ado alors que j'avais dépassé la trentaine et, au Canada, d'être reconnu dans les restos par les politiciens.»

Si tout ça était à refaire, vous rectifieriez certaines choses?

«Je prendrais beaucoup plus de plaisir! Je me serais beaucoup moins isolé. Pendant des années, j'ai été dans une prison dorée. C'était peut-être très précaire comme succès... A l'époque où Hélène est sorti, si on avait vu les yeux de ma petite amie, ça aurait tout brisé! Parce que les jeunes Françaises de 13 ans rêvaient. Une photo et c'était fini: le lendemain, je ne vendais plus de disques. Pendant quatre ans, j'ai vécu avec la même copine. Caché!»

Roch Voisine, Je te serai fidèle (BMG). En concert le 11 mars au Cirque Royal de Bruxelles, le 12 au Forum de Liège et le 13 au palais des Beaux-Arts de Charleroi.

© La Dernière Heure 2003