Avant son retour en Belgique, Roch Voisine se confie sur la triste évolution de son métier.

Au bout du fil, il a une voix douce, presque timide (mais les propos bien décidés). Et cet accent qui continue de faire son charme. Tel un Forever Gentleman ? "Oh c’est classique. J’ai un côté mauvais garçon… Je ne suis pas aussi lisse que j’en ai l’air. Je le cache peut-être bien !" Il rit.

Dans quelques semaines , Roch Voisine sera de retour chez nous. Avec "une tournée acoustique anglo-saxonne, à 80 %. Mais je vais quand même parler en français, hein ! Je vais expliquer les chansons aussi, quoique, vous en Belgique, vous êtes pas mal bilingues, voire trilingues", sourit-il. Roch veut défendre son nouvel album, folk, Movin’on maybe, "qui ne sera disponible chez vous que sur plateformes digitales" . Après 30 ans (quasiment) de carrière, le chanteur et musicien "s’adapte" à l’ère du temps. Contraint. "Aujourd’hui, pour exister, il faut créer le buzz."

Sur scène, il promet "quelque chose de nouveau. On a un peu l’impression que quand on vient, on chante les mêmes chansons de la même façon. Mais non, je ne fais pas toujours la même chose…"

Pourquoi un concert très nord-américain, très folk, à ce stade-ci de votre carrière ? On imagine que ce style musical fait pourtant partie de vos racines…

"C’est l’occasion de donner la chance aux fans et aux curieux de voir un concert qu’ils ne verraient pas, à moins de prendre un avion pour Toronto ! Je viens de là, musicalement. C’est important d’avoir une identité et de ne pas essayer de trop jouer le jeu. On échange pas mal d’instruments les uns les autres sur scène, on est 5 sur scène. C’est très sobre mais musicalement très riche. Ça donne un drôle de show ! Il reste que vous allez reconnaître pas mal de chansons, car pas mal de celles que j’ai chantées en français, je les avais au départ écrites en anglais."

Vous ne regrettez pas de ne pas avoir amené plus tôt ce type de concert chez nous ?

"Si j’écoutais les gens du métier autour du moi, sachant que l’industrie du disque se meurt, vous n’imaginez quand même pas qu’on m’encourage à faire une série de concerts qui risquent de ne pas remplir les salles, parce que je ne ferai pas Avant de partir comme je le fais à chaque fois ! Mais il faut savoir prendre des risques. Je vais peut-être me casser la gueule avec ça. Peut-être pas… Il faut s’adresser aux bonnes personnes. Les fans, eux, connaissent de toute façon ces chansons."

Votre popularité, à elle seule, ne suffit pas à remplir les salles aujourd’hui ?

"Oh non ! Il faut créer un événement. Maintes fois, preuve en a été faite par des artistes avec des tournées qui ne marchaient pas… Même si les artistes sont connus, les gens sont attirés par la nouveauté, ce qui fait l’événement. Les fans viennent bien sûr à nos concerts, mais si on veut remplir de grandes salles, on doit aussi convaincre les indécis."

Surtout, il faut pouvoir continuer à vivre de son métier…

"Oui. Je n’ose pas trop en parler, car c’est une réalité économique. Avec cette tournée, on ira sur l’île Maurice : on n’y était jamais allé jusqu’à présent. Pourquoi ? Parce que c’est impensable d’y aller avec 15 musiciens au niveau technique, budgétaire. Il faut attendre d’avoir un concert qui est économiquement viable, une aventure mondiale où on peut pouvoir payer tout le monde. C’est un business, et on n’aime pas en parler. Car on ne va pas dire aux gens : on ne vient pas dans votre pays car ça coûte cher ! À une certaine époque, on rêvait et on s’arrangeait pour que ce soit économiquement viable. Aujourd’hui, on cherche à ce que ce soit faisable économiquement et on rêve ensuite…"

En concert à Liège (31/03), Bruxelles Cirque Royal (le 1/04) et Charleroi (le 3/04). Réservations : 070/660.601 ou www.c-live.be

En bon père de famille…

La réalité est triste, brutale pour de nombreux artistes. Roch Voisine en fait le constat : "Une carrière de 25, 30 ans, c’est fini ça ! Par contre, une carrière de 6 mois à la télé, ça existe ! Vous voyez ce que je veux dire… (Sourire.) Ça devient un hobby, ce n’est plus un métier." Roch est d’autant plus heureux, et surtout "redevant" d’être encore en haut de l’affiche. "Les fans sont toujours là. Je suis un privilégié et, pour ça, je pense aux fans tous les jours…"

Movin’On Maybe, son nouvel album anglophone, est rempli de significations : "Je continue peut-être… ou je continue sur des incertitudes, malgré les inquiétudes. C’est une réalité qui existe depuis le début, je me suis toujours posé la question :  est-ce qu’on va me permettre de continuer ?  Mais les points d’interrogation sont plus nombreux aujourd’hui qu’il y a 20 ans […] Il faut arriver aujourd’hui à susciter suffisamment d’intérêt pour que les gens se disent :  je vais l’encourager et acheter son disque plutôt que de le copier gratuitement.  Susciter ce respect-là, c’est beaucoup plus difficile que de simplement plaire !"

À ses deux fils, Kilian et Alix-Élouan, il ne cherche pas à transmettre sa passion de la musique. Mais celle du hockey, un peu. "Mon plus jeune joue un peu de hockey sur glace. Mais aucun ne s’intéresse vraiment à la musique. Je sais que les gens trouvent ça un peu surprenant, mais j’aimerais que mes fils fassent d’abord un vrai métier. À la lumière de comment notre industrie évolue, en bon père de famille, je ne ferai pas tout ce qui est en mon pouvoir pour les pousser vers ce métier. L’éducation, c’est le meilleur cadeau qu’on puisse donner à ses enfants !"