"La seule raison pour laquelle je suis ici, c’est parce que je voulais emmener le show en Amérique du Sud parce que la seule possibilité de s’y produire est dans les stades, en plein air : il n’y a pas de salles. C’est aussi simple que cela. Là-bas, le public latin, c’est quelque chose d’absolument incroyable. À Mexico City, des artistes locaux ont peint le mur, c’était superbe. Les gens sont fondamentalement plus enthousiastes que, disons, à Manchester, par exemple. Ne leur dites pas…"

On tiendra notre langue, bien sûr. Mais, surtout, on est resté bouche bée devant Roger Waters qui, alors que son agent, Andrew Zweck, nous avait assuré qu’il viendrait simplement nous serrer la pogne après deux heures de concert (certes, c’était une répétition mais tout était exécuté comme si c’était réel; montée sur scène avec la main en visière pour scruter la foule, par exemple) pendant trois minutes. Quarante minutes plus tard, le quasi septuagénaire (il passera ce cap pendant la tournée en septembre) n’aura pas descendu tout son verre de blanc mais on aura bu les paroles de ce qu’il reste d’un des membres fondateurs de Pink Floyd, groupe qu’il quitta en 1985.

"C’est lui qui écrivait 90% des paroles et 70% de la musique", indique son agent. "Il pensait que le public allait le suivre, lui, le génie. Il est tombé de haut." D’un mur de douze mètres ?

Quoi qu’il en soit, après avoir joué The Wall à la sortie de l’album, l’avoir réinterprété en 1990 et en 2011, l’homme est de retour avec onze musiciens pour donner une version qui se jouera dans des stades ou d’énormes plaines comme Werchter ce samedi.

"Je ne sais pas si c’est l’ultime version de The Wall que vous pourrez voir cet été, indique le Britannique. Beaucoup de gens, d’artistes m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu quelque chose comme cela. En même temps, tout peut évoluer, et c’est très bien. C’est intéressant. Si ce n’était pas la meilleure, je ne tournerai pas autant. Maintenant, si un billionaire me proposait de construire Le Mur dans le Grand Canyon, en mettant des millions de dollars sur la table, pourquoi pas ?"

Alors qu’Anton Corbijn s’occupe de chaque détail visuel de Depeche Mode que Martin Gore et Dave Gahan découvrent quelques jours avant la tournée, Roger Waters, lui, contrôle tout. Comme cette mitraillette qu’il emploie et dont il essaiera, comme un gamin, la version modifiée que lui donnera devant nous un technicien.

"J’ai conçu tous les visuels de A à Z… Si j’ai un côté maniaque ? Absolument. Je dois tout contrôler. Même si je suis entouré de gens talentueux à l’image de la personne qui a réalisé les animations; oui, j’aime ça."

Roger Waters pense déjà à ce qu’il se passera après la tournée. "Je m’efforcerai de finir mon album solo (le précédent remonte à… 1992, NdlR). Tout mon travail a été une métaphore, un travail social et celui-ci n’échappera pas à la règle. Je ne vais pas me mettre à changer maintenant. Cela fait des années que je m’intéresse au conflit israélo-palestinien. Et aujourd’hui que les choses changent, c’est encore plus intéressant."