Musicien perfectionniste, il se souciait peu de son look

À partir de 1980, Pierre Rapsat s'est mis à écrire lui-même les textes de ses chansons. "Éric n'y croyait plus vraiment. Pierre a trouvé une fille en France mais il lui dictait pratiquement tout, il la briefait, puis, après, il corrigeait ses textes. Elle ne le connaissait pas suffisamment. C'est moi qui ai dit à Pierre : Plutôt que de dicter tes textes, pourquoi tu ne les écrirais pas toi-même ?" Ce furent les albums à succès. Lâchez les fauves et Ligne Claire... 30.000 ventes chacun. Le dernier, Dazibao, s'est vendu à 70.000 exemplaires. "C'est exceptionnel pour la Belgique. Mais les chanteurs de la Star Academy dépassent les 500.000 ventes. Je trouve ça très injuste."

Sur le plan technique, ses albums n'ont jamais rien eu à envier aux grosses productions françaises. "Pierre était totalement perfectionniste. Parfois, quand le disque était pressé, il relevait une différence de niveau et ça le rendait fou. Par contre, avec Thomas, nous avons été étonnés du fait que Pierre ne s'occupait pas davantage de ses pochettes. Il y a même eu de grossières fautes d'orthographe du type Où est-tu Julian ? C'est peut-être à rattacher au fait qu'il n'était pas attentif à son look. Il s'en fichait ! À une époque, il aimait bien avoir les cheveux longs. Il a eu aussi sa période longs manteaux, à cause du film Il était une fois dans l'Ouest. Mais j'avais vraiment beaucoup de mal à le traîner dans les magasins. On faisait ça une fois l'an." En 1986, il a rempli Forest National. "Un grand souvenir ! Un des moments forts de sa carrière ! Il en était très fier. C'est aussi un souvenir d'angoisse car, ce jour-là, il y a eu une grève des transports en commun dans Bruxelles. Pierre considérait cela comme une catastrophe. Mais la salle s'est remplie quand même." Il a souffert de ne pas réussir en France ? "Sincèrement, il s'en fichait. Il aurait préféré, mais ça ne le préoccupait pas outre mesure."

Marie-Ange Rapsat a inspiré son mari : "Quand j'ai entendu Jardin secret, je lui ai dit que j'aurais aimé avoir inspiré une chanson pareille. Il m'a répondu : À ton avis, qui l'a inspirée ? Ma mère ? Et quand il a fait Le bleu dans les nuages, il m'a expliqué : Les nuages, ce sont les soucis, la maladie... Le bleu, c'est toi ! Je me sentais embarrassée. Je lui ai répondu : Toi, tu as quelque chose à me demander..." E. P.



© La Dernière Heure 2007