Salvador le Crooner ouvre grande la porte de sa Chambre avec vue

Musique

Propos recueillis par Isabelle Monnart

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Salvador le Crooner ouvre grande la porte de sa Chambre avec vue
© Didier Bauweraerts
BRUXELLES Veste de tweed violette sur un col roulé blanc, Henri Salvador s'installe au piano d'un bar feutré de la capitale. Pas pour y jouer, hélas!, mais pour discuter, en toute convivialité, de son dernier album, Chambre avec vue, petite perle qu'on vous invite à sortir délicatement de son écrin.

La première fois que j'ai entendu votre single, Jardin d'hiver, c'était dans une émission de radio consacrée, d'ordinaire, aux jeunes talents. Cette rencontre vous amuse?
"Je suis jeune, moi, dites... Eh oh! J'ai 83 ans! Je prends cela comme un vrai cadeau. Je ne m'attendais pas au succès de ce disque. Le producteur m'a demandé si je composais encore. Je lui ai dit oui, mais je pensais que je n'étais plus dans le coup. Quand il a entendu mes chansons, il m'a dit que c'était exactement ce qu'il cherchait. Du coup, je me suis dit que j'étais en avance parce que ce sont des textes que j'ai écrits en 1940. Heureusement, un brillant arrangeur a mis tout cela au goût du jour..."

Et votre rencontre avec Keren Ann et Benjamin Biolay qui signent quelques merveilleux textes?
"Ce disque s'est fait grâce à Avec le temps, de Léo Ferré, que j'avais chantée à la télé. Une amie à moi qui travaille à Radio France m'a téléphoné dans la foulée en me disant qu'avec la voix que j'ai, il était interdit que je prenne ma retraite. Et qu'il fallait que j'enregistre un autre disque. Elle s'en est occupée, m'a envoyé Jardin d'hiver, cette magnifique chanson de Keren Ann et de Benjamin Biolay. Evidemment, je suis tombé sous le charme. J'avoue que la lacune actuelle, ce sont les paroliers. On écrit de moins en moins français. J'ai également repris Je sais que tu sais de Paul Misraki, qui m'a pour ainsi dire appris la beauté de la musique. Bref, tout ça s'est amalgamé et cela donne ce disque. J'ai toujours été fan de Nat King Cole et de Sinatra et j'ai essayé de m'en rapprocher. J'ai juste mis un peu de sel de Salvador."

Vous vouliez montrer la face B de Salvador?
"Je ne voulais rien montrer du tout. J'ai fait ce que j'ai toujours aimé: crooner. Seulement, quand j'ai démarré, on ne comprenait pas ce que c'était, en France. Comme j'avais, heureusement, cette verve un peu comique, je m'en suis servi pour faire une carrière et on m'a catalogué. Mais ce que j'aime le mieux, c'est chanter de belles chansons, avec de jolis textes et de beaux arrangements. D'ailleurs, quand je faisais des tubes commerciaux, je me débrouillais toujours pour, de l'autre côté, mettre un morceau pour moi. Mais les gens étaient sourds..."

Comment expliquez-vous qu'on aime ça aujourd'hui?
"Je pense que ça vient du jazz. Les jeunes sont allés plus souvent dans des festivals de jazz et apprécient cette musique et ses accords empoisonnés . Musicalement, c'est une avancée. La preuve, c'est que ce disque qui n'est pas dans le contexte actuel ce n'est pas du rap, c'est du chouette, quoi! est bien accueilli. Ce qui prouve qu'il faut toujours faire confiance à la jeunesse.´

Retrouver l'ambiance des studios, les musiciens, c'est toujours un bonheur et jamais du travail?
"Jamais! C'est un régal. Surtout quand on fait ce qu'on aime. Du chouette."

Vous ne regrettez rien, pourtant, de ce que vous avez fait... avant?
"Non, je ne vais pas cracher dans la soupe! Je vivais une époque où le superchouette ne marchait pas. Donc, il fallait bien que je bouffe. Il s'avère que je savais faire de la musique pour. C'est facile. La plupart des gens vous diront le contraire, mais c'est faux. Remarquez que, chez moi, ça swinguait toujours, en dessous."

Henri Salvador, Chambre avec vue, Virgin. Sortie le 17 octobre.

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