Musique

Le MC parisien nous l’a confirmé au moment d’évoquer son ultime obus, l’album Ballon d’or

BRUXELLES S’il grimpait, après les avoir empilés, sur tous les exemplaires vendus de ses premiers albums, tous trois doubles disques d’or, Sinik serait bien forcé de regarder les gens d’en haut. Pas son genre. De Sinik, adepte de la rime hargneuse mais travaillée, si. Mais pas de Thomas Idir, le (jeune) papa zen et réfléchi de 34 ans qui cache son visage derrière la capuche du rappeur au sang-froid. C’est surtout avec le second qu’on a eu l’occasion de converser…

En quoi diffère Ballon d’or de vos précédents albums ?

“Il est différent, justement. Quand tu vends 700.000 albums en trois ans, il serait grossier de se plaindre. Seulement, le rap est un milieu qui fustige la réussite. On a dit beaucoup de choses sur moi. Sinik sert tout le temps la même sauce, rappe de manière trop linéaire… Du coup, on a tout chamboulé. Les prods, les instrus, mon flow. Ça rappe plus vite, différent. Me renouveler était mon défi. Parce que ne soyons pas dupes : le rap est hanté par la compétition. J’avais à cœur de fermer des bouches…”

Ballon d’or. Si ça n’avait pas été le rap, ça aurait pu être le foot ?

“Mon père a joué au foot toute sa vie. J’ai commencé à marcher et à taper le ballon quasiment à la même période. J’ai joué à Issy, un très bon club régional de la banlieue de Paris. Chaque soir de match je suis au Parc des Princes (pour supporter le PSG, NdlR), et je ne tiens pas un jour sans lire L’Équipe. Je suis un mordu.”

Star des stades ou du micro ?

“J’étais avant-centre, un pur n° 9. Mon truc, c’était de claquer les buts. Je n’ai pas la prétention de dire que j’aurais pu devenir un grand joueur, mais j’avais le potentiel pour l’espérer. J’étais titulaire, je marquais, dans un club fort visionné, où Thierry Henry et Patrice Evra, un grand pote, ont évolué. Si c’était à refaire ? Star des stades. C’était mon rêve, avant la musique, qui est arrivée dans ma vie par accident. Mais à un moment, quand il a fallu choisir entre l’entraînement et le studio, j’ai rangé les crampons. Ce qui ne signifie pas rien, tout de même…”

Sinik est devenu papa (la maman, Kanya Samet, pose d’ailleurs sur un titre), a quitté le quartier, mais a toujours la haine. Ça ne fait pas un peu victime permanente du système ?

“Les mecs en galère dans les quartiers ne rêvent pas de braquer des banques. Mais d’un appart’, d’une chérie, d’un gamin. Comme tout le monde ! Après, je sais que le sentiment d’abandon dans les quartiers, de l’extérieur, est toujours perçu comme de l’exagération. Il n’y a que ceux qui zonent dans une cité où, en 30 ans, on n’est pas revenu faire une jointure qui peuvent le comprendre. Surtout quand ton père s’appelle Ali. Mais attention : il y a du bon dans ce pays. La culture, les soins de santé,... Il ne faut pas croire que les rappeurs haïssent la France. Ce sont plutôt certains de ses dirigeants qui nous dérangent...”

Là, ça jase pas mal autour du débat sur l’identité nationale…

“Éric Besson… La plus grosse blague depuis l’invention des carambar. C’est Sarko II, mais en pis : lui, il mord. Comment veux-tu qu’on ne soit pas en désaccord avec un pays qui pense résoudre la problématique de l’intégration en forçant chaque élève à apprendre par cœur la Marseillaise et la lettre de Guy Môquet ? L’intégration, c’est un échange, qui se construit au jour le jour, il me semble. Y a pas plus grave comme souci, sérieux ? C’est un peu comme si on s’attardait à soigner une bronchite sur un patient qui a le cancer… Absurde.”

Quid de la suite ?

“Je vais te faire une confidence : il n’y aura pas de suite. Ou en tout cas pas de nouvel album. Je sortirais bien un street CD en 2010, parce que c’est un projet qui me tient à cœur, mais point barre. Je pense qu’il faut savoir laisser la place aux jeunes. Ma reconversion ? Il y a des touches. J’ai toujours voulu décortiquer les matches de foot, en tant que consultant. Ça pourrait déjà se concrétiser pour la Coupe du Monde à venir, sur une chaîne de la TNT. Mais quoi qu’il arrive, je garderai un pied dans le rap. Il m’a trop donné pour que je le lâche comme un malpropre…”

Sinik, Ballon d’or , Universal (Sinik sera en concert à l’AB le 26/03/2010).



© La Dernière Heure 2009