Soprano : "Nous avons besoin de croire à des jours meilleurs"

Musique

Charles Van Dievort

Publié le - Mis à jour le

Soprano : "Nous avons besoin de croire à des jours meilleurs"
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Avec L’Everest, son cinquième album, Soprano veut redonner espoir aux jeunes.

À 37 ans, Soprano est de retour avec un nouvel album. Malgré les événements tragiques qui se sont succédé en France depuis deux ans, le rappeur marseillais garde espoir et il le clame sur L’Everest , un disque aux paroles touchantes.

Pourquoi avoir intitulé votre album L’Everest ?

"C’est une métaphore à propos du dépassement de soi. Je veux donner de la force aux jeunes en leur montrant que même si je viens des quartiers nord de Marseille, j’ai pu faire de belles choses dans ma vie. Avec cet album, je leur dis qu’on peut franchir l’Everest."

Vous avez l’impression que la jeunesse d’aujourd’hui a baissé les bras ?

"Ma génération, celle d’IAM et de NTM, était déjà découragée. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, ça a empiré. Il est encore plus important de nos jours de chanter des propos positifs pour que les jeunes puissent encore y croire. Ils sont déjà trop nombreux à ne plus y croire autant qu’avant, voire plus du tout."

Comment peut-on être positif après ce qui s’est passé en France : les attentats contre Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice ?

"Il s’est passé beaucoup de choses en France mais il s’en passe aussi beaucoup d’autres dans le monde. Regardez ce qui arrive aux États-Unis avec les policiers et les Noirs. C’est pourquoi nous avons besoin de croire à des jours meilleurs et c’est ce que j’essaie de faire à travers ma musique. Je sais que ça fait Bisounours, mais il y a tellement de gens qui ont souffert qu’on en a besoin."

Sans oublier les récentes attaques contre les policiers en France…

"Il y a une vraie rupture entre de nombreux jeunes et le système de l’État, cela fait des années qu’on le dit à travers le rap. Dans les années 80, Coluche disait : "Quand il y a les flics, je me sens moins en sécurité." Aujourd’hui, cette situation a empiré. Mais il ne faut pas généraliser : il y a des cons dans les quartiers comme il y en a dans la police. Et il y a des gens bien des deux côtés également."

L’état du monde alimente tout votre album. C’est le cas dans Le diable ne s’habille plus en Prada . Comment est né ce titre ?

"Brel a fait une chanson intitulée Le Diable (ça va) . Elle déchire et pourtant c’est une des moins connues de son répertoire. Mais elle m’a donné l’idée d’écrire sa suite. Et celle-ci dit qu’aujourd’hui le diable est un has been , qu’en regardant les hommes il se dit qu’ils lui ont volé son métier, qu’ils sont devenus pire que lui. C’est à nous d’aller vers l’autre pour essayer de le comprendre et aller de l’avant pour sortir de cette situation. C’est ce que je dis dans une autre chanson : Cœurdonnier . On cherche le cœurdonnier parce que c’est lui qui va nous sauver de tout ça. Mais en fait, le cœurdonnier , c’est nous. C’est à chacun de nous de réparer les cœurs du monde."

Cette chanson semble porter tout votre album. Est-ce le cas ?

"C’est le cœur de ce disque. J’ai dit à ceux qui composent pour moi qu’on pouvait faire un titre à la Freddie Mercury, mixant le rock, l’opéra et la pop. On a donc mélangé un thème au piano de Beethoven qu’on a trafiqué façon opéra, auquel on a ajouté un rythme urbain à la Drake. Et au milieu on a mis un pont comme Coldplay en fait. Et pour le refrain, on s’est inspiré de Balavoine façon Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour . Je ne connais pas un titre en Europe ou au monde qui sonne comme ça."



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