Julia et Lena, la nouvelle sensation russe

BRUXELLES Sur les chaînes musicales, on ne voit plus qu'elles. Lena la rousse et Julia la brune, sous la pluie, vêtues d'un simple chemisier blanc et d'une mini jupe au-dessus de socquettes blanches et de petits souliers vernis. Derrière le grillage de l'école, une foule interloquée les regarde pendant qu'elles s'embrassent, se caressent, agissent en total contraste avec leurs tenues d'écolières sages.

Ce clip, dans un premier temps censuré, joue à fond la carte de la provocation sexuelle. Et cela marche. `Tatu signifie en russe une fille qui aime une autre fille, explique Julia dans une interview à VSD. Cela correspond bien à notre relation. La première fois que j'ai vu Lena, je me suis dit: Je la veux! Et c'est fait. Notre message est clair et positif: une fille qui aime une autre fille, c'est quelque chose de tout à fait normal. En Russie, depuis la fin du communisme et avec l'austérité qui y règne, la population a besoin de provocation et de parfum de scandale pour réagir.´

Les Russes ne sont pas les seuls à se laisser séduire: leur album, 200 km/h in the wrong lane, dont est extrait le tube All the thing she said, se vend partout comme des petits pains. Et ce n'est sans doute qu'un début.

Indépendamment de la qualité musicale de leurs morceaux et de la cohérence de leur discours, on ne peut s'empêcher de penser à une campagne de promo plus savamment orchestrée que sincère. Les deux ados de 17 et 18 ans, qui n'hésitent pas à adopter des poses suggestives sur scène et à se présenter en sous-vêtements blancs de petites filles, sont en effet prises en charge par le producteur Trevor Horn. Celui-là même qui lança Frankie Goes to Hollywood en 1984. En misant sur des rythmes qui arrachent, des mélodies sulfureuses, des clips terriblement provocateurs (notamment un combat de boxe entre Ronald Reagan et le maître de l'URSS à l'époque) et une homosexualité clairement affichée. Bref, exactement la même recette que celle utilisée aujourd'hui avec les deux lolitas venues du froid.

De plus, les deux copines de... chorale (les petites chanteuses à la faucille de bois ne doivent pas s'en remettre) ont passé un casting organisé par un producteur russe avant de former leur groupe. On peut donc douter de la passion censée les unir depuis leur enfance. En attendant, les `jeunes lesbiennes délurées´, comme elles se définissent elles-mêmes, s'exhibent en tenue minimaliste et engrangent les dollars. Leur objectif est donc déjà atteint...

© La Dernière Heure 2003