Musique Robert Smith et les siens ont livré un concert à la fois tendu et pop avec une setlist parfaite.

S’il ne devait en rester qu’un ce serait The Cure. Et leur prestation vendredi soir en tête d’affiche à Werchter l’a une nouvelle fois démontré. Depuis ses débuts il y a plus de 40 ans, le groupe britannique n’a plus rien à prouver. Tout a déjà été dit, tout a déjà été écrit et pourtant, une fois encore, Robert Smith et sa bande ont frappé fort. Comme le 8 juillet dernier lorsqu’ils célébraient leurs quatre décennies d’existence à Hyde Park, à Londres.

Quant à 21 h 30 tapantes résonnent les premières notes de "Shake Dog Shake", les plus férus des fans ont compris que la soirée allait être extatique. Le petit sourire en coin affiché par Robert Smith en dit long sur son intention de mettre dans sa poche un public de Werchter assommé par le cagnard qui règne depuis le début de la journée. Plus de deux heures plus tard, c’est mission accomplie et avec brio.

© JC Guillaume

Heureux et taquin

De mémoire de fan, on a rarement vu le chanteur aussi souriant. Espiègle, voire taquin, nous glisse un spectateur Comme quand il annonce que l’heure tourne et qu’il reste à son groupe "juste… 90 minutes à jouer" alors qu’il s’agit du rappel. Les multiples courbettes à la fin du set n’étaient pas feintes, Robert Smith était manifestement ravi d’avoir posé ses valises à Werchter et prit sa guitare avec. Nous aussi !

Complicité avec le public mais aussi au sein de la formation londonienne. La connivence avec le bondissant bassiste Simon Gallup était plus qu’évidente. Tout au long de la soirée, Robert Smith, en maître de cérémonie magistral, aura eu un geste ou un clin d’œil pour chaque membre du groupe. Cette osmose était aussi plus que palpable musicalement. The Cure a livré une performance parfaite qui a autant ravi les convaincus de la première heure que les convertis de la dernière minute. Et cela sans artifice, seulement avec sa musique ! Seule une facétie s’est invitée avec un solo de flûte sur l’intro de Burn !

© JC Guillaume

Sortir les tripes

Les cinq titres de Disintegration - chef d’œuvre qui fête tout juste ses 30 ans - au menu de la soirée, ont retrouvé ce supplément d’âme qu’ils avaient au moment de leur sortie et qui faisait de The Cure les rois du monde en 1989-1990. Mention spéciale pour Fascination Street qui a mis le feu aux poudres d’un set devenu tendu à l’extrême après une demi-heure de concert mais sans jamais tomber dans l’agressivité.

Robert Smith et les siens ont retrouvé cette recette qui leur permet de souffler à la fois l’incandescent et le romantisme dans leur répertoire. Un "Never Enough" coupé au couteau, un "Primary" dantesque, l’écrasant "One Hundred Years" et le sournois "At The Edge Of The Deep Green Sea" en témoignent. Il y a un moment que l’on avait plus vu le chanteur s’amuser autant et sortir les tripes d’une telle façon.

© JC Guillaume

Pop party

Distillés par petites touches pendant la première heure et demie, les tubes les plus pop ("Lovesong", "High", "In Between days" ou encore "Just Like Heaven") sont à l’honneur pour un final sautillant à souhait : "Lullaby", "The Caterpillar", "The Walk", "Doing The Unstuck", un "Friday I’m In Love" de circonstance repris en cœur par toute la plaine, "Close To Me", "Why Can’t I Be You ?" et "Boys Don’t Cry" en guise de point d’orgue. Une setlist parfaite ou presque.

En un peu moins de deux heures et demie, The Cure a prouvé qu’il n’a rien perdu de sa superbe, de quoi nous rendre plus impatient encore de découvrir le nouvel album annoncé, le premier depuis plus de dix ans !