Ray Charles est mort, hier, à l'âge de 73 ans

BRUXELLES Le jazz a perdu une de ses idoles, hier. Ray Charles Robinson était né le 23 septembre 1930 à Albany, dans cet Etat de Georgie qu'il a célébré par une chanson. Il avait cinq ans à peine quand son jeune frère, George, meurt accidentellement et on a estimé que le choc psychologique subit par l'enfant pourrait être à l'origine de cette cécité dont les premiers symptômes sont apparus alors qu'il avait 7 ans. Ray devint complètement aveugle en quelques mois. Sa mère décida alors de lui inculquer une notion qui allait le marquer pour la vie: «Tu es peut-être aveugle, mais tu n'es pas idiot!» C'est avec l'aide d'une voisine qu'il aborda l'étude du piano. Etude qu'il poursuivit à l'école et compléta en jouant aussi de l'orgue et de la clarinette. En 1945, à 15 ans, le jeune homme perd sa mère et décide de quitter l'école. Il s'installe dans la ville de Seattle et entre dans un trio qui reprend le répertoire de Nat King Cole. C'est l'époque où le boxeur Sugar Ray Robinson atteint la gloire mondiale. Pour ne pas qu'on les confonde, le jeune musicien aveugle se fera désormais appeler par ses deux prénoms : Ray Charles.

En 1951, il signe son premier contrat avec la firme de disques Atlantic et son premier succès commercial est quasiment immédiat : Baby let me hold your hand. A l'époque, il se lance surtout dans le blues et le jazz, mais il va aussi exploiter un autre style musical qu'il aime, le gospel. What'd I say et I got a woman font partie de ses premiers succès. Ray Charles est aidé par un ami précieux, Quincy Jones. C'est lui qui va l'affubler de son surnom, The Genius. Ray Charles a toujours réfuté ce terme : «Albert Einstein était un génie, mais certainement pas moi ».

Avec Quincy Jones, Ray Charles multiplie les hits mondiaux : Georgia on my Mind, I Can't Stop Loving You... Le début des années 60 est l'époque des tournées mondiales. Avec quelques ennuis, de temps en temps, aux frontières. Problèmes de drogue... Ray Charles a pris l'habitude, dès ses débuts à Seattle, de consommer de l'héroïne.

Au civil, il s'agit d'un homme qui a énormément d'humour. Très proche du personnage qu'il incarne, en 1980, dans le film The Blues Brothers où il est un vendeur d'instruments de musique, aveugle, mais qui repère les petits voleurs et n'hésite pas à leur tirer dessus. Pour leur faire peur. En juin 1999, à 69 ans, il était encore venu chanter à Liège. Véritable amoureux du public, il n'en finissait pas de tourner à travers le monde à un âge où d'autres aspiraient au repos. Ces derniers temps, cependant, on le disait terriblement diminué, réduit à chuchoter et incapable de tenir debout sans l'aide d'un proche. En avril encore, il est arrivé en fauteuil roulant à moteur dans ses studios d'enregistrement de Los Angeles. Après avoir été hissé sur un podium, le frêle artiste avait pris la parole à l'aide d'un micro, mais il était difficile de l'entendre. «Je suis un peu faible en ce moment, mais je vais reprendre des forces», avait-il confié.

© La Dernière Heure 2004