Les Libertines revenaient mercredi à Bruxelles, avec leur line-up originel.

Enfin nous y étions, mercredi à Forest national. Réunis en assez petit comité – 3000 personnes garnissant le bunker en mode club – pour le grand retour des tonitruants et regrettés Libertines. Après une carrière-éclair de sept ans (1997-2004), bien des frasques et deux albums brillants ("Up The Bracket" en 2002 et "The Libertines" en 2004, produits par Mick Jones des Clash), les British nous avaient déjà fait le coup de la reformation en 2010, mais n'étaient pas allés beaucoup plus loin que les Reading et Leeds Festivals.

Cette fois encore, à en croire Doherty dès l'annonce éventée, les motivations furent d'abord et surtout pécuniaires. Barat, par contre, évoquait récemment un possible troisième album du groupe l'an prochain. Une éventualité qui a tôt fait d'enflammer les fans du quatuor anglais, mais dont aucune nouvelle pépite n'aura ce soir-là filtré.

Une rock star n'est pas une rock star sans au moins un léger retard. Pauvre de nous, les Libertines en comptent deux dans leurs rangs. Ça fera 20 min de délai messieurs-dames... Pour patienter, on nous sert sur écran un film rétrospectif à la gloire du combo. Des images délavées du début de la folie, datant seulement d'une bonne décennie, mais qui semblent héritées d'un plus lointain passé. Certaines légendes ont le chic pour ressembler d'emblée à un classique. Nos hôtes du jour en sont, et ce malgré une entame catastrophique.

C'est à se demander pourquoi l'on va encore s'abîmer les tympans à Forest. C'est peu dire que le début des hostilités fut cacophonique. Un son digne d'un aquarium, des basses qui martèlent la poitrine, un volume beaucoup trop élevé et, pour noircir le tableau, des Libertines d'abord un peu à côté de leur sujet. "The Delaney", "Campaign of Hate", "Vertigo", "Time for Heroes", "Begging" et "The Ha Ha Wall" sont ainsi expédiés à la punk dans un fracas mal mesuré, façon Ramones, pied au plancher. Pour une fois, Carl Barat affiche la mine la plus entamée. Pete a la classe débraillée comme d'accoutumée, chapeauté et édenté. Sans oublier ceux dont ne parlent jamais : le très sobre John Hassall à la basse, et l'impressionnant Gary Powell à la batterie tout en muscles bandés.

C'est avec Barat en solo sur une rengaine de Doherty, "The Ballad of Grimaldi", qu'apparaît finalement les premiers soupçons de magie. Celle qui fait des Libertines un fleuron de ce rock britannique, de manière au moins symbolique. L'un des derniers à brandir l'étendard anglais même troué, capables de faire crier les filles, hurler les gars et d'affoler presse people et spécialisée à la fois. Après cela la machine est lancée. Romantique ("Music When the Lights Go Out" et "What Katie Did") ou électrique à souhait ("The Boy Looked at Johnny", "Boys in the Band", "Can't Stand Me Now", "Last Post on the Bugle").

On nous dit qu'ils auraient retrouvé "une amitié forte". Pourtant, si le tandem a retrouvé partie de sa complicité, on sent parfois que le cœur n'y est pas. Barat et Doherty s'embrassent toujours à travers le micro mais ne mettent plus la langue. Et l'histoire des Libertines ne change pas. Celle d'un génial capitaine et de son fidèle lieutenant. De Carl le bon élève et Pete le surdoué, qui nous assène la claque de la soirée – en solo à son tour – d'un "Fuck Forever" (de Babyshambles) éprouvé.

Pour le rappel, c'est au tour de Hassall de prendre la gratte pour nous montrer, seul et sur "Never lose your sense of wonder" (de son projet Yeti), l'étendue de sa sensibilité. Joli moment suivi de l'imparable triptyque "What Became of the Likely Lads - What a Waster - I Get Along" et assorti d'un refrain furtif des Talking Heads. Sans oublier "Up the Bracket", dont on se remémore soudain les images du clip et cette bande de gamins encore insouciants. Un temps que les moins de 20 ans auront à peine connu. Et, malgré la nostalgie et quelques éclats mercredi, une époque sans doute révolue.