The Verve revient au grand complet après une éclipse de dix ans. Forth , un quatrième album des plus attendus...

BRUXELLES Il y a onze ans, impossible d'allumer une radio (digne de ce nom) sans tomber sur Bitter Sweet Symphony . Idem en télé où Richard Ashcroft, le leader de The Verve, marchait, bille en tête, au milieu d'un trottoir bondé. Deux ans plus tard, la symphonie aigre-douce du groupe british cessait d'émettre, chacun ayant décidé de poursuivre son petit bonhomme de chemin. Avec des succès divers : du côté de The Good, the Bad and the Queen (avec Damon Albarn), pour le guitariste Simon Tong et, évidemment, en solo pour le chanteur qui, en l'espace de dix ans, sortit trois albums.

"J'ai appris plein de choses en jouant avec d'autres groupes, d'autres musiciens ", confie Peter, le batteur. "Mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, nous avions envie de nous marrer, à nouveau, ensemble. L'énergie était là, une forme de synergie, aussi. Personne ne savait ce que ça allait donner, mais on était tous certains qu'il allait se passer quelque chose. "

"Pendant la tournée qui nous a tenus éloignés des studios pendant deux mois, nous nous sommes demandés comment nous retrouver autour d'un album ", explique de son côté Richard Ashcroft. "Nous sommes arrivés à la conclusion qu'on ne peut pas tourner le dos à ce qu'on a été, pas plus qu'on ne peut réécrire l'histoire. Et puis, c'est quand même génial d'être dans un groupe, de jouer avec des potes et d'être payé pour ça. Quand on y ajoute le fait de voyager, de découvrir le monde, de jouer devant des milliers de personnes, évidemment, ça donne envie. Cette expérience-là, on avait envie de la poursuivre ensemble. "

Du coup, le groupe s'est remis au travail. En deux semaines, l'essentiel des compositions de Forth était sur la table. Ne restait , ensuite, qu'à retravailler l'ensemble, lui donner âme et cohérence. "Nous sommes assez adultes, aujourd'hui, pour savoir que cela ne sert à rien de se noircir la vie. Mieux vaut prendre les choses comme elles viennent. Entre nous, l'osmose n'a jamais été aussi belle que quand nous faisons de la musique ." Et de poursuivre "Je n'ai vraiment plus envie de prendre par-dessus la jambe le nom de The Verve. Au contraire, j'ai très envie qu'il reste en vie. D'ailleurs, je n'ai jamais compris comment on avait pu considérer que ce groupe était mort alors que nos chansons étaient toujours bien vivantes, sur toutes les radios. Pour une raison bien simple : elles parlaient de choses fraîches et actuelles, de sujets qui font la vie, les sentiments ."

Ce que Richard et ses camarades se sont, une nouvelle fois, évertué à faire sur Forth . "Il y avait comme une urgence ", précise le chanteur.

En dépit des expériences parfois sulfureuses vécues par le groupe, The Verve tenait à faire passer auprès des fans un message positif. "C'est très à la mode d'être autodestructeur. C'est une attitude de rockeur. Mais moi, ce qui me touche, ce sont, par exemple, les chansons de Marvin Gaye. Il n'y a que de l'amour, là-dedans. Il avait tout compris : c'est la chose la plus puissante au monde et cela donne des titres auxquels personne ne peut résister. Il y a dix ans, j'ai été très surpris de l'interprétation que certaines personnes faisaient de nos chansons et comment une ligne de texte pouvait être interprétée différemment d'une personne à l'autre. "

Du premier au dernier morceau, de Sit and wonder à Appalchian Springs , le nouveau The Verve fait la part belle à la guitare, qu'Ashcroft définit comme une longue boucle qui le fait "frissonner jusqu'à l'os ". Modeste ? Un peu sans doute, car sa voix et ses textes ne sont pas en reste, comme sur ce premier single, Love is noise , qui tourne sur les ondes depuis un petit temps déjà. "Quand j'ai trouvé le refrain, j'ai su, c'est vrai, que je tenais quelque chose" , concède-t-il. "Un truc qui n'arrive pas si souvent dans une carrière, si je peux utiliser ce terme. Un truc qui peut attraper les gens en quelques accords, qui n'est pas sombre. Et puis, ça parle d'amour, la quête ultime de chacun. Je crois... "

The Verve, Forth(EMI)



© La Dernière Heure 2008