A 62 ans, le crooner gallois fricote avec le rappeur Wyclef sans tomber dans le ridicule

LONDRES Respect. Maximum respect... A 62 ans, le crooner de ces dames pourrait se contenter de récolter les dollars en chantant It's not unusual dans un casino de Las Vegas devant une une parterre de smokings et de robes longues qui sentent la naphtaline. Mais le Gallois ne mange pas de ce pain bénit. Il préfère se remettre en question à chaque album, tenter des paris un peu fous, toucher à l'inédit et tenter de conquérir un nouveau public.

Après Reload, son album de duos paru en 1999 et écoulé à plus de 5 millions d'exemplaires, Tom Jones sort Mr Jones, nouvel opus de douze chansons produit par Wyclef Jean, le rappeur cool cool des Fugees. Et alors que les stars de son rang se contentent généralement d'une conférence de presse pour satisfaire la curiosité de la presse, ce cher Oncle Tom insiste pour recevoir en tête à tête chaque journaliste. Respect qu'on vous dit... Il nous accueille dans un salon d'un hôtel cosy situé en face de Hyde Park. La mine est bronzée, la poignée de main virile, l'accent gallois de mise et la conversation passionnante...

Vous attendiez-vous à ce que Reload s'écoule à plus de cinq millions d'exemplaires?
`Honnêtement, je me doutais que Sexbomb allait devenir un tube. Mais je n'aurais jamais pensé que cet album touche autant de gens. Depuis sa sortie en 1999, Reload est monté trois fois à la première place du hit-parade en Grande-Bretagne. C'est inouï. Vous savez, j'ai appris au cours de ma carrière à tirer des enseignements de chaque expérience. Même quand j'étais au creux de la vague, j'essayais de profiter de la leçon. Mais là, ce succès m'a carrément dépassé. Il n'y a aucune explication rationnelle.´

Vous vous attaquez au hip-hop sur ce nouveau CD. Votre voix s'est-elle fondue aisément dans ce registre?
`Dans ma génération, il y a des chanteurs qui ne souhaitent pas changer de registre, de peur de dérouter le public, et d'autres qui n'en sont pas capables vocalement. Moi j'ai la chance de pouvoir poser ma voix sur différents styles musicaux. Elvis Presley avait cette aptitude. Pas Sinatra qui n'aurait, par exemple, pas été crédible en interprétant In the ghetto. Si j'ai souhaité travailler avec Wyclef Jean, ce n'est pas pour faire du rap. Il m'a dit d'oublier les chansons, de penser seulement aux rythmes et de chanter avec mes tripes. C'est ce que j'ai fait. Quand j'écoute la radio aujourd'hui, il y a peu de morceaux que je ne pourrais pas reprendre, du moins sur un plan vocal. Par contre, il y a d'autres limites. Je me vois mal chanter un truc rap qui parle d'une tuerie dans le Bronx alors que je ne connais pas du tout cet univers.´

La première rencontre avec Wyclef?
`C'était dans un hôtel. Pas très loin d'ici... J'avais entendu la reprise de Killing me softly des Fugees et j'avais été très impressionné. Je lui ai proposé de produire une ou deux chansons. Il a accepté. On s'est revu par la suite et on a appris à mieux se connaître. Un soir, il m'a invité avec toute sa clique dans un club reggae de Brixton, uniquement fréquenté par des jeunes Blacks. Il jouait les guides comme si je plongeais dans un territoire inconnu. Quand on est rentré dans le club, tous ces jeunes sont venus vers moi. `Hey Tom Jones, comment allez-vous? Tout baigne?´ Wyclef était scié! Il ne se rendait pas compte que j'étais aussi populaire.´

Qu'avez-vous appris de plus important au cours de cet enregistrement?
`L'écriture de textes. Je m'en sentais incapable auparavant. Il a fallu qu'un petit jeune me botte le cul pour que je m'y mette!´

Elvis, Frankie, Dino et les autres...

Il a côtoyé les plus grands chanteurs au cours de sa carrière

LONDRES Dans le show-business, on apprend toujours. La preuve avec Tom Jones qui signe pour la première fois des textes autobiographiques sur son nouvel album. `A chaque fois, Wyclef me donnait une idée et me forçait à écrire le texte. Pour la chanson The letter, il m'a dit: pense à quelqu'un que tu aimes et à qui tu dois confesser quelque chose. J'ai alors écrit une lettre à ma femme, Linda, que j'ai épousée lorsque j'avais seize ans. Mais je ne suis pas fou! J'ai bien pris garde de ne pas mentionner son prénom dans cette chanson où je lui demande de me pardonner pour les choses que j'ai faites. Elle me demanderait d'un ton inquisiteur de quelles choses il s'agit et alors, je serais très embêté.´

Craignez-vous d'autres femmes? `Ma mère. Je l'adore, mais je me ramasse une baffe, tout Tom Jones que je suis, si je jure sous son toit.´

Elvis Presley, Dean Martin, Frank Sinatra... Toutes ces grandes voix nous ont quittés. Vous considérez-vous comme un survivant d'une certaine époque? `J'étais beaucoup plus jeune que Frankie et Dino. Il est donc normal que je leur aie survécu. Pour Elvis, c'est plus douloureux. Les abus l'ont emporté trop tôt. J'ai eu la chance d'être l'ami de tous ces grands chanteurs. A l'époque, je ne me rendais pas compte. Je les côtoyais et on faisait les 400 coups. Aujourd'hui, je n'ai plus que des photos affichées au-dessus de mon bar et des souvenirs. Je regrette parfois de ne pas avoir pu passer davantage de temps avec eux.´

Le fantasme de beaucoup de fans, ce sont ces duos que vous auriez enregistrés avec Elvis Presley. Qu'en est-il au juste? `J'ai chanté effectivement à plusieurs reprises avec Elvis. Chez lui à Graceland et aussi à Hawaï, dans une maison où nous allions souvent en vacances avec nos épouses. Il chantait, jouait de la guitare et je l'accompagnais. Le problème, c'est que son manager, le fameux colonel Parker, était toujours dans les parages. Il fouillait chaque fois la pièce pour voir si un enregistreur ne s'y cachait pas. Je ne pense donc pas qu'il y ait des bandes. Je sais, par contre, qu'il existe un petit film sur lequel on nous voit chanter. Mais il n'y a pas de son.´

Avez-vous encore des ambitions artistiques? `Ma seule ambition est de continuer à surprendre et à me surprendre.´ Tom Jones, Mr Jones (V 2).

L.L.