​Le groupe de métal de Los Angeles a livré une prestation époustouflante, vendredi soir. Retour sur un concert d'une intensité rare et d'une précision inouïe.

Douze ans ! Douze longues années que Tool n'était plus passé chez nous, treize depuis la sortie de leur dernier album 10,000 Days. Autant dire que l'attente devenait insupportable, et que les hordes de fans du groupe étaient proches de l'extase, vendredi soir. On attendait le quatuor californien au Graspop une semaine plus tôt, mais l'événement est tel, que l'ami Werchter se l'est offert, histoire d'enfoncer le clou posé par Robert Smith et ses Cure en début de soirée.

Même groupe, même placement

À minuit trente précise, Le gigantesque pentacle suspendu sur la Main Stage s'illumine, l'immense Danny Carey vient se poser derrière une batterie deux fois plus grande que lui, Justin Chancellor se pose à gauche avec sa basse, Adam Jones à droite avec sa guitare, et Maynard James Keenan reste dans l'ombre, à l'arrière-plan. Exactement comme en 2007... et toutes les années qui ont précédé. Tool ne fait pas dans l'innovation scénique ou le spectacle hollywoodien. Les bases sont les bases, chacun tient son rôle, et se concentre exclusivement sur sa mission : livrer avec une précision et une puissance presque surhumaine, le rouleau de métal progressif composé par la bande depuis la sortie d'Undertow en 1993 et les trois albums qui ont suivi.

© JC Guillaume

Aenima d'entrée de jeu

Histoire de mettre directement les choses au clair, Jones lance d'entrée de jeu le riff d'Aenima. Les grands gaillards posés au premier rang ne se tiennent plus, et agitent frénétiquement la tête dès qu'arrivent les déferlantes de double pédale de Carey. Pas de pogo, de refrains chantés à l'unisson ou d'effusion de joie. Tool est l'antithèse du concert de Pink programmé la veille. Le moindre morceau dure cinq minutes, souvent dix, parfois quinze. Les intros fracassantes sont généralement suivies de longues montées rythmiques et progressives vers le refrain chanté par Maynard James Keenan dont la voix est parfaite, et les changements de rythme sont tellement fréquents qu'il est impossible de danser ou de d'articuler ses mouvements sur les mesures. Le groupe génère en revanche chez ses auditeurs une longue transe mi-hypnotique, mi-explosive, soutenue par les clips anxiogènes élaborés par Adam Jones.

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Deux nouveaux morceaux

The Pot et Parabola s'enchaînent, deux petits nouveaux (Descending et Invincible) font leur apparition dans la setlist et s'intègrent parfaitement à l'ensemble. Longs (respectivement 10 et 13 minutes), ils confirment l'évolution de Tool vers des composition lentes et sombres, radicalement éloignées des hits courts et efficaces qui se généralisent aujourd'hui. Cette radicalité est partout, d'ailleurs. Comme à son habitude, Maynard James Keenan reste littéralement dans l'ombre et ne s'approche jamais de l'avant de la scène. Adam Jones, livide derrière sa crinière grise, semble absorbé par ses propres compositions, et Chancellor s'agite frénétiquement sur sa basse. Pas un traître mot n'est prononcé par l'un des membres du groupe, mais les mecs sont dedans, et ce qu'ils livrent est tout bonnement étourdissant. Le son est cristallin, chaque morceau interprété au cordeau alors que la rythmique est aussi fine que complexe, et dégage une maîtrise absolue. Un tel mur ne laisse que deux possibilités : plonger corps et âme dans cet univers, ou partir. Ce que fait une partie du public, manifestement venue par curiosité.

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"Le meilleur concert de l'année"

Pour les autres, c'est le bonheur : Schism, Part of Me et Jambi mènent au démoniaque Forty Six & 2. ​La tension monte encore d'un cran avec Vicarious, et Stinkfist se charge de clôturer ce set dense en puissance. Pas de rappel, de feu d'artifice ou de "on est super contents d'être là, merci les copains". Keenan quitte la scène furtivement, les trois autres s'embrassent et se congratulent comme des footballeurs au terme d'une prestation sportive éreintante, avant de venir jeter quelques-unes des baguettes de Carey, qu'on imagine non-utilisées ou en lambeaux. "C'est le meilleur concert de l'année" nous lançait un fan avant la prestation du groupe. Il avait raison, les prestations d'une telle qualité se comptent sur les doigts d'une main.​

© JC Guillaume