Julos Beaucarne chanté par 22 interprètes

BRUXELLES Le projet était dans l'air et enthousiasmait Julos Beaucarne quand un petit accident cardiaque a nécessité une opération et quelques mois de repos. Du coup, c'est sans lui que s'est construit l'album Ils chantent Julos Beaucarne . "Je me suis réveillé et j'ai découvert le produit fini" , rigole-t-il. "La seule consigne que j'ai pu donner, était que chacun devait choisir ce qu'il aimait vraiment. Cela donnerait forcément quelque chose de plus spontané. " A l'arrivée, ils sont 22 ("mais il y en avait beaucoup plus, au départ... ") a reprendre les titres du poète. "C'est très touchant de se savoir aimé ", ajoute-t-il soudain sérieux. "J'ai été merveilleusement surpris de ce que j'ai entendu. "

D'autant que chacun s'est approprié sa chanson !

"Oui, c'est ça qui est super. C'est comme si on donnait un autre coup de projecteur sur les chansons. Parfois, les airs ont même été changés : c'était la totale liberté ! Mais le texte est là. C'est l'esprit qui mène la danse. "

C'est comme ça que vous écrivez : vous racontez d'abord une histoire, la musique vient après ?

"Non, en général quand j'écris une chanson, je fais les deux : j'écris la musique et les paroles simultanément. "

Dans toutes ces reprises, lesquelles vous ont le plus étonné ?

"Tout m'intéresse. Évidemment, pour Jean-Louis Daulne, qui reprend La petite gayole, c'est formidable. Cette chanson est tellement connue qu'il fallait la revisiter autrement. Je ne m'attendais pas du tout à ça, mais c'est une très belle surprise. Idem pour Manza qui a fait de la Lettre à Mister Dubble You un rap hip-hop incroyable. Mais tout le monde est très intéressant : Mathieu Johann, Marka... C'est superbe ."

Vous les connaissiez tous, ces artistes ?

"Tous, oui. Et pourtant, il y en a qui viennent de partout. Marie-Jo Thério est canadienne, elle vient du Nouveau-Brunswick. Elle avait déjà chanté ce texte dans une émission sur Radio Canada. Mais elle avait improvisé une musique. C'est cette impro qui est sur le disque. Abaji, lui, est libanais. Et puis, il y a José Van Damme qui nous a fait l'honneur... C'est intéressant, parce que ça met en valeur encore plus les autres directions musicales."

Le texte dit par Claude Nougaro, vous teniez à ce qu'il y soit ? Il évoque des moments douloureux pour vous.

"Il avait enregistré ça il y a très longtemps, sur un disque qui s'appelle Femme et famine. Un journaliste lui avait lu la lettre que j'avais écrite (après le décès de son épouse, en 1975, NdlR) et il a tout de suite voulu la faire. C'était important pour moi que ça y soit. Ce drame a existé. C'est la manière dont on traduit les événements qui est importante. Et là, c'était dit très précisément. Ce sont des choses qui arrivent partout. La mort est tellement banalisée que c'était important d'y donner un sens. "

Chaque interprète a droit à une petite définition. Elle est de vous ?

"Ces petites formules m'ont obligé à l'art de la litote : dire beaucoup en écrivant peu. C'était très amusant ."

Ils chantent Julos Beaucarne, Franc'Amour



© La Dernière Heure 2008