Tout elle à travers d'autres

Musique

Propos recueillis par Isabelle Monnart

Publié le

Françoise Hardy a surmonté ses appréhensions et ses doutes pour enregistrer (Parenthèses...)

BRUXELLES Malgré le temps qui passe et le succès qui ne se dément pas, le doute persiste. Entre les "serais-je à la hauteur " et les "est-ce bien utile, tout ça ", Françoise Hardy oscille avec grâce. Et puis un jour, en y réfléchissant bien, elle s'est laissé tenter. Surmontant son trac et cette peur de mal faire qui la tient éloignée de la scène depuis si longtemps. "Je trouvais que j'en avais déjà fait beaucoup dans ma vie, des duos. Je ne voyais pas ce que j'allais ajouter. Je voyais la maison de disques braquée sur des chanteurs avec lesquels il était inenvisageable de faire des duos, style David Bowie. Ce n'est pas possible, on ne peut pas proposer à des artistes ce genre d'échange à partir du moment où c'est à sens unique. Moi, j'aurais eu tout à gagner à faire ça, mais eux, pas grand-chose. Et puis, il faut que les musiques correspondent, qu'il y ait une longueur d'onde artistique commune ."

Les chansons, par contre, c'est vous qui les avez choisies ?

"Oui. À une exception près. Mais c'est plus une suggestion... Dès le départ, on m'a dit que Souchon aimait beaucoup ma chanson et qu'il avait envie de la chanter avec moi. J'ai dit Banco. Après coup, j'ai regretté un petit peu. C'était le premier enregistrement, je me suis dit qu'on aurait pu reprendre quelque chose de plus intéressant. Et puis, la réalisation laisse un peu à désirer par rapport à l'original. Il faut dire que, dans les années 60, on avait de vraies cordes, somptueuses. Là, d'un seul coup, on s'est retrouvé avec des guitares et un petit quatuor à cordes, riquiqui. Enfin, moi je l'entends. Le public n'aura pas forcément cette référence. "

Vous êtes toujours traqueuse, après toutes ces années ?

"Ah ben non, finalement, en chantant avec Bashung, je n'ai pas eu le trac, parce que j'ai tout de suite vu que j'étais à l'aise avec la chanson. Mais il m'est arrivé d'avoir des difficultés. Le duo avec Henri Salvador, par exemple. Ça s'est passé en février ou mars, j'avais un problème ORL épouvantable. J'avais même, moi qui réprouve toutes ces méthodes à base de cortisone, des médicaments pour pouvoir chanter. Mais je ne voulais pas lui faire perdre son temps. J'ai d'abord posé ma voix, il a enregistré la sienne ensuite. Puis j'ai refait la mienne une fois guérie ."

C'est reposant de reprendre des chansons qui existent déjà ?

"C'est plus facile et plus stressant à la fois. Il faut trouver des réalisations qui ne ressemblent pas à tout ce qu'on a déjà entendu. Et pour certaines chansons, être à la hauteur. Mais faire des chansons, c'est plus difficile encore. Trouver une mélodie qui vaille le détour, qui soit émouvante, belle, c'est très difficile. Après tout ce qui a déjà été si bien écrit... "

Ce qui veut dire que vous vous sentez moins impliquée ?

"Oh non, parce que je n'ai choisi que des chansons qui expriment qui je suis et ce que je ressens. C'est le cas de Que reste-t-il de nos amours. Je n'aurais pas pu chanter ça à 25 ans ."

Françoise Hardy, (Parenthèses...), (EMI/Virgin).



© La Dernière Heure 2006

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