Le groupe français s'est à nouveau réuni et propose un nouvel album


"On a des drôles de potes"


BRUXELLES t Wikipedia (qui se veut une encyclopédie en ligne) a dû faire une infographie pour retracer les différents passages des musiciens dans Trust. Cette fois-ci, c'est à six que Trust se reforme (Farid Medjane à la batterie, Yves Brusco - Vivi - à une des deux guitares, Iso à la basse et un DJ, Deck ) autour des inaltérables Bernie Bonvoisin et Norbert Krief.

"Au départ, il y a eu un concert, un gros événement avec une belle affiche, se souvient Nono . En première partie de Trust on a eu droit à Little Richards, Chuck Berry et Jerry Lee Lewis. Ce n'est pas rien. Ce sont un peu nos pères. Il y avait 45.000 personnes. À la base, il n'était pas question de refaire d'album mais de se réunir pour cet événement. On n'avait pas joué depuis dix ans mais vu que c'était un vrai plaisir - entre nous et avec le public -, il fallait continuer. Et pour cela, il fallait aller en studio et refaire un nouvel album. La moindre des choses c'était de donner un nouvel album, on n'allait pas jouer des vieilles chansons qu'on traîne depuis vingt ans."

Pointé du doigt quand on demande à Bernie les raisons de ce rassemblement, Ferhat s'explique : "Je suis le manager et producteur. À force de regarder la télé et de voir que ce qu'ils disaient était toujours à l'ordre du jour, je me suis que tant qu'à faire que ce soit le modèle d'origine qui redise ce qu'il y a à dire. Puis l'idée, c'était de se retrouver et de prendre du plaisir. Je suis le catalyseur."

Trust a voulu donner une nouvelle impulsion à sa carrière et pas juste aligner les nouveaux titres pour palper des biftons.

"Si c'était pour faire une énième formation et faire ce qu'on faisait il y a vingt ans il n'y avait aucun intérêt , tranche le chanteur. Il fallait qu'on prenne un risque musical. Et il n'était pas possible de ne pas tenir compte de ce côté majeur qu'est le rap, ce serait être aveugle et sourd. C'est la musique qu'on écoute, elle est majeure. Et c'est essentiel de bâtir des ponts. C'est un album que je qualifierais de fusion, de fusionnel. Lors des autres reformations, il n'y avait pas ce caractère de risque, parce que les choses étaient rapprochées. Il y a eu un arrêt de quinze années, c'est énorme. Chacun est revenu avec ses envies, ses désirs. On a essayé de faire en sorte que chacun soit impliqué, que ça s'imbrique. Aujourd'hui, la seule notion qui pousse le groupe et qui l'anime, c'est le plaisir. On prend les choses au jour le jour."

Pas question, donc, de refaire un Antisocial, véritable marque de fabrique du groupe.

"Je souhaite à tout le monde d'être catalogué par un titre qui traverse les époques, estime Bernie. Je pense que c'est une bonne chanson. Il y a un bon riff, un bon texte. On ne l'a pas calculé. Je me souviens du lieu du moment où j'ai fait ce titre. Pas une seconde, je n'ai pensé au destin qu'il aurait. Il y a eu un referendum en 2000 sur les 100 chansons de ces 50 dernières années qui ont marqué les Français et on a placé deux titres. C'est comme ça. Ce ne sont pas des choses qu'on calcule, qu'on prévoit. À nos débuts, nous étions de vrais précurseurs en France. Puis tout le monde a suivi. En sortant du studio pour la sortie du premier album (NdlR : c'était en 1979), je m'étais dit que si on en vendait 30.000 ce serait magnifique. Et finalement, on en a vendu 800.000. On ne peut pas savoir. On parle d'une époque bénie et révolue. On sait ce que c'est de vendre 70.000 albums par jour. Pour les gens de l'époque, on n'avait pas d'avenir. Le rock, c'est une culture américaine, voire anglaise. On ne pensait pas qu'un groupe français puisse aller dans ce créneau-là. Et on l'a prouvé en faisant une carrière internationale. Dans laquelle on a cartonné."



© La Dernière Heure 2008