L'Auvergnat sort demain son nouvel album studio. Son meilleur...

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE LUC LORFÈVRE

PARIS Trois ans après le flamboyant Mustango, Jean-Louis Murat poursuit dans la veine folk/blues/rock avec Le moujik et sa femme, nouvel opus enregistré en toute simplicité...

A l'époque de Mustango, vous nous disiez que vous coupiez toujours le budget de vos disques en deux. De cette manière, en cas d'échec, vous pouviez jeter le disque à la poubelle et tout recommencer...
`J'assure mes arrières, en effet! Initialement, je devais faire ce disque aux Etats-Unis. New-York, Memphis, Nashville... Tu vois, le trip à la Eddy Mitchell. J'avais un billet d'avion pour les States pour le 15 septembre. Les attentats m'ont refroidi. J'ai alors changé mon fusil d'épaule. J'ai pris deux jeunes musiciens, Fred Jimenez à la basse et Jean-Marc Butty à la batterie, et j'ai bossé à l'ancienne. Si on colle les sessions bout à bout, le disque a été mis en boîte en douze heures. La plupart des morceaux ont été enregistrés en une prise. Les mecs étaient sciés! J'arrivais en studio, je grattais deux/trois accords et je leur disais: `O.K., on branche les micros.´

Vous n'êtes jamais fier de vos disques. Est-ce de l'esbroufe?
`C'est surtout la stricte vérité! Quand cet album a été terminé, je n'en menais pas large. Je trouvais que c'était une vraie merde. Tout était allé si vite. Sans problème. Presque dans l'euphorie. Ça en devenait douteux. Le disque aurait dû sortir en décembre, mais il a été reporté. Résultat: j'ai encore plus douté. J'en suis tombé malade. J'ai vu plein de spécialistes. On m'a mis en anesthésie générale à l'hôpital, mais ils n'ont rien trouvé. Je t'assure, j'ai fait un cirque incroyable. Non, ce n'est pas de l'esbroufe. Si je suis si arrogant, c'est parce que je doute de moi.´

Avez-vous besoin d'une oreille extérieure pour vous rassurer?
`Je suis producteur de mes albums et je ne montre mes chansons à personne. Surtout pas à ma firme de disques! Je les fais écouter à ma copine et à quelques proches qui ne sont pas des gens flatteurs. Ils disent vraiment ce qu'ils pensent. Pour l'instant, je n'ai eu que des échos positifs.´

Vos albums sont toujours bien accueillis par la critique, mais on ne peut pas dire qu'ils se vendent par containers. Etes-vous frustré?
`Oui, bien sûr. Je ne me sens pas heureux dans cette position de grand écart. Je voudrais avoir les deux: la reconnaissance de la critique et celle du public. Ceux qui te disent le contraire sont des menteurs. Moi je sais qu'en vendant plus de disques, je pourrais faire davantage de concerts, mieux payer mes musiciens, m'offrir un quatuor de cordes ou des cuivres.´

A l'instar de Mustango, cet album baigne dans les influences musicales américaines: Neil Young, la scène country, la musique soul...
`Je déteste les références. Et puis Neil Young, je n'écoute plus depuis longtemps. Le dernier truc qui m'a accroché, c'est le coffret de Creedence Clearwater Revival. Ces mecs, ils allaient à l'essentiel sans se poser de questions. Pour être honnête, je n'écoute plus beaucoup de rock. Je passe les 3/4 de mon temps à peindre. C'est plus facile de peindre avec du Debussy qu'avec Hendrix.´

Jean-Louis Murat, Le Moujik et sa femme (Virgin). Le 8 avril à l'Ancienne Belgique (0900/260.60).