Il avait démarré sa carrière en 1985 avec les Gangsters d'Amour

BRUXELLES Faites le test auprès des quadras : à Gangsters d'Amour, vous obtiendrez la réponse Coûte que coûte . C'est que le premier album de ce bandit de Jeff Bodart, à la tête des Gangsters d'Amour était sur toutes les ondes en 1985. Impossible de se sortir de la tête ce morceau aussi sautillant que lui (ce qui lui vaudra d'ailleurs des jambes cassées et quelques chutes mémorables depuis les bafles qu'il escaladait, c'était plus fort que lui).

Jean-François Bodart, né à Charleroi le 30 septembre 1964, était donc tout minot quand, avec quelques amis, il se lance dans l'aventure musicale. "Les gangsters ne mentent jamais ", c'est leur devise. Ca le sera pendant de longues années, qui verront le groupe se produire en France, au Québec, mais également en Russie, ou en Chine.

Près de dix ans plus tard, Jeff a fait du chemin et s'est imposé en solo. Il lui suffit de siffler trois notes pour que la salle entonne "Le bonheur c'est facile, quand on y met du sien, le bonheur c'est facile, oui. Le bonheur c'est comme faire, du vélo sans les mains" . Son premier album en solitaire porte ce nom guilleret qui lui va si bien.

Pourtant, au fond, Jeff est grave et cache ses questions et ses angoisses sous le masque d'une certaine légèreté. À l'instar de son ami Benoît Poelvoorde, il se fatigue, parfois, d'avoir à jouer au clown. Il nous le confiait il y a quelques mois à peine.

Alors, petit à petit, il ose dans ses textes des choses plus intimes. Dans Histoires universelles, déjà, son deuxième album sous son nom, il se raconte davantage. Sa casquette vissée sur la tête, comme pour éviter qu'on y lise, il sillonne la Belgique, la France. L'alchimie opère. Sur scène, ce garçon est une bombe. Son énergie est follement communicative.

En 2001, il opère un nouveau virage. Parce que, dit-il, son fameux couvre-chef est devenu plus célèbre que ses chansons. "J'ai probablement trop de retenue pour parler de moi et surtout pour m'en servir dans mes chansons. Seuls ceux qui me sont proches le savent. C'est sans doute à cause de cette pudeur que je me suis d'abord tourné vers des auteurs qui me connaissent bien. Ils m'ont souvent perçu plutôt comme je vis que comme je chante" , disait-il alors.

Ses amis, dans le métier, son Karine Clercq, Christophe Miossec, Jacques Duvall. Ce dernier lui signera d'ailleurs des textes magnifiques. Ensemble, ils avaient tourné en décembre le clip de Jeff à la Citadelle de Namur. Nouveau prétexte à une franche rigolade.

En 2003, Jeff se pose une nouvelle question existentielle. Sur le ton de la blague, encore et toujours. Mais derrière... Canadair, Tu m'aimeras quand je ne t'aimerai plus, Apprendre à tout laisser prouvent que la profondeur peut aller de pair avec la légèreté.

Enfin, après un long silence discographique, Jeff nous était revenu, plus autobiographique que jamais, au début de cette année. "Je ne m'en défends pas. Je suis prêt à toutes les critiques ", disait-il, frondeur. Et parfois c'est comme ça. Hélas !



© La Dernière Heure 2008