Thomas Dutronc sera sur la route jusqu'en avril 2009. Au moins...

BRUXELLES Fatigué. Crevé. Épuisé. Lessivé. Et on pourrait continuer comme ça pendant quelques lignes encore pour décrire l'état dans lequel on a retrouvé Thomas Dutronc, mardi soir, avant un showcase privé que lui et ses camarades donnaient à Bruxelles. Un peu énervé, aussi, parce qu'un contretemps avait privé le groupe de batterie et que, du coup, tout le monde s'était retrouvé en chômage technique, le temps de mettre la main sur une caisse claire entre autres baguettes. "Ce n'est pas très grave ", temporise Thomas. "Mais là, on est tellement morts qu'une heure de battement comme ça, pendant laquelle on ne fait rien, pour nous c'est vraiment une heure perdue. En plus, ce matin, ma copine s'est trompée avec le réveil, elle l'a mis beaucoup trop tôt, ça a sonné à 6 h15. Horrible. "

C'est que le chanteur est sur la route depuis un sacré bout de temps et que s'il prend toujours autant de plaisir sur scène, tous les à-côtés lui sont de plus en plus pénibles. Mais il s'y livre pourtant, en tentant, de temps en temps, d'étouffer poliment un bâillement derrière une main maladroite. Au total, voilà trois ans que la formation joue par monts et par vaux, d'abord sans, puis, depuis un an, avec des chansons. "Je ne sais pas pourquoi, tout à coup, les choses ont pris de l'ampleur. D'ailleurs, on ne s'en rend pas vraiment compte. On sait juste que c'est bien, que les gens qui viennent nous voir apprécient. Après... C'est difficile de lutter contre les grands engouements, difficile de savoir où est notre place par rapport aux autres. Comme on est à cheval entre plusieurs styles, on a touché plusieurs publics, différents styles de salles nous ont appelés. "

Entre les lieux plus confidentiels et les festivals, Thomas a parfois fait le grand écart. Mais il met un point d'honneur à dire oui à tout. "Parce que c'est le métier. Quand on est en tournée, on prend ce qui vient. On loue des bus, on est sur la route, il faut rentabiliser. Paradoxalement, plus on tourne et moins c'est cher. Et surtout, on a envie de jouer. On essaie de se ménager des jours de vacances - là, j'ai pris deux semaines en Corse, ce n'était pas assez - mais une fois sur scène, on s'éclate. À chaque fois. "

Et pour que l'éclate soit totale, soir après soir, le groupe s'accorde quelques petits arrangements avec les morceaux. "On travaille toujours à s'améliorer, à changer des choses. Il n'y a pas deux soirs pareils, heureusement. Cela dit, je suis contre les trucs bordéliques. Je n'ai jamais aimé jouer dans le désordre. C'est même ce qui était le plus embêtant dans les clubs de jazz, où on ne répétait jamais assez. Je préfère être libre à l'intérieur d'un cadre... "

Timide au chant, dans un premier temps - il nous avait confié ne s'être jamais imaginé dans le rôle -, Thomas Dutronc y prend aujourd'hui un vrai plaisir. "L'autre jour, j'ai fait un duo avec Adamo pour la télé et je me suis régalé. Quand j'ai commencé la guitare, je chantais des trucs de Brassens, comme Il n'y a pas d'amour heureux, et ça me procurait déjà des émotions incroyables ." Auxquelles il goûtera encore jusqu'à avril 2009 (et peut-être un peu plus, on verra), avant de prendre de vraies vacances. "Je n'arrive pas à travailler, sur la route ", dit-il encore.

Il a, par contre, trouvé le temps de contacter des dessinateurs pour illustrer le livret qui accompagnera la ressortie de son album en édition spéciale (le 10 novembre). Un projet qui, soudain, lui fait oublier la fatigue et pétiller les yeux. "Ils se sont inspirés du disque, ou d'une chanson. J'ai reçu des dessins incroyables d'Edika, de son frère, Karali; de Bouzard, Phil, qui est belge; Margerin, Riad Sattouf; Trondheim; Gotlieb m'a fait un petit truc, Fred m'a permis de puiser dans Le petit cirque; il y a aussi Larcenet, Johan Spar, Thiriet et Pierre Blanchard notre violoniste attitré ."

Thomas Dutronc, Comme un manouche sans guitare, Universal. En concert le 14 octobre à Tournai (069/.25.30.80), le 18 à l'AB, le 4 novembre à Huy (085/21.12.06), le 6 à Arlon (063/24.58.50).



© La Dernière Heure 2008