Depuis plusieurs années, aux États-Unis, de nombreuses voix s’élèvent pour que les Rolling Stones arrêtent d’interpréter Brown Sugar, une chanson dont le texte ambigu évoque une femme noire réduite à l’esclavage sexuel par des Blancs, mais dans laquelle beaucoup voient la métaphore de la consommation d’héroïne, dont le groupe faisait grande consommation au moment de l’écriture de ce morceau en 1969.

"Imaginez une foule, dans un stade, chanter joyeusement une chanson glorifiant l’esclavage, le viol, la torture et la pédophilie, écrivait notamment le producteur Ian Brennan en 2019. Le problème n’est pas que cette chanson ait été écrite un jour. Ni que les Rolling Stones l’ait chantée. Leur faute est de continuer à l’interpréter."

Le message semble être passé, puisque depuis le début du plutôt mal nommé No Filter Tour, les Stones ne l’ont pas joué sur scène, une première depuis 1971. Vu qu’il s’agit d’un de leurs tubes les plus célèbres, ce n’est pas passé inaperçu. "Vous l’avez remarqué, hein ?, a répondu Keith Richards à un journaliste du Los Angeles Times. Je ne sais pas. J’essaie de comprendre avec les filles où est le problème. N’ont-elles pas compris que c’est une chanson qui parle des horreurs de l’esclavage ? Mais elles essayent de l’enterrer. Je ne veux pas entrer en conflit avec toute cette merde en ce moment. Mais j'espère qu'on pourra lui rendre toute sa gloire à un moment sur la tournée. »

Mick Jagger a lui aussi quelque peu noyé le poisson. "On a joué Brown Sugar tous les soirs depuis 1970, alors à un moment on se dit : On va faire sans celle-ci pour l'instant et voir comment ça se passe. On pourrait décider de la remettre."

Du coup, certains se demandent s'ils sont devenus poltiquement corrects, tandis que d'autres penchent pour une prise de conscience liée au mouvement Black Lives Matter. Même pour les Rolling Stones, pas facile de garder une image d’éternels rebelles et d’assumer d’anciens succès qui choquent profondément à l’époque actuelle.