Vanessa a trouvé son nouveau Paradis

Musique

L. L.

Publié le

Vanessa a trouvé son nouveau Paradis
© Paolo Roversi / Universal

Avec Bliss, elle rompt un silence discographique de huit ans

ENVOYÉ SPÉCIAL EN ESPAGNE : LUC LORFÈVRE

MADRID La maman de Lily Rose nous attend dans sa suite. Poignée de main aussi douce que le visage… Vanessa Paradis a des allures de gitane avec sa tunique mauve baba, son pattes d’éph’ et ses cheveux qui ondulent. Une gitane qui roule ses cigarettes sans filtre et trempe ses lèvres dans une infusion entre chaque réponse.

Vous tournez à Madrid L’homme qui a tué Don Quichotte, réalisé par Terry Gilliam. N’est-ce pas trop pesant d’assurer en même temps la promo de votre album ?

`C’est parfois déconcertant de passer rapidement de l’univers de ce tournage aux interviews, mais pour l’instant j’arrive à gérer mon emploi du temps. Personne ne m’a imposé ce rythme. C’est moi qui l’ai choisi. Je ne vais pas m’en plaindre´.

Comment faut-il comprendre le titre de l’album, Bliss?

`Bliss, ça signifie béatitude, bonheur parfait. Initialement, je souhaitais que l’album porte le nom d’une des chansons et je me suis vite laissée tenter par Bliss. Ce mot sonne magnifiquement bien et il correspond parfaitement à l’état d’esprit dans lequel je baignais lorsque je l’ai enregistré'.

Quel a été le déclic de cet album?
`Cela ne s’est pas fait selon un agenda précis. Voici deux ou trois ans, j’ai voulu écrire des chansons moi-même. Entre ce moment et la sortie du disque, il s’est passé beaucoup de choses. J’ai fait un bébé. J’ai rencontré Mathieu Chédid avec qui j’ai voulu travailler. J’ai tourné des films. Lily Rose Melody est venue au monde et j’ai écrit de nouvelles chansons après sa naissance. Finalement, ce qui fut le plus rapide dans ce processus, c’est la phase d’enregistrement.´

Outre Mathieu Chédid, on trouve sur ce CD les noms d’Alain Bashung, de Frank Langolff et même Johnny Depp. Mais finalement, c’est vous qui tenez les rênes de Bliss

`J’étais bien obligée! Pour mes trois albums précédents, j’étais servie sur un plateau d’argent. Je choisissais des chansons qui m’étaient offertes quasi achevées. J’avais juste mon mot à dire pour les arrangements. Bliss est mon disque le plus personnel. C’est vrai que j’ai écrit beaucoup de textes, de musiques, et que je produis en partie cet album. Mais j’ai été aussi beaucoup aidée. M était là. Bashung est aussi venu. Et mon amoureux bien sûr. Je n’étais jamais seule. Sinon je n’y serais jamais arrivée.´

Bliss respire le calme d’une famille simple, le bonheur d’être maman, la sérénité d’une femme aimée. Bref, tous ces aspects de la vie privée que vous cherchez généralement à protéger. N’est-ce pas paradoxal ?

`Je suis consciente de la contradiction. Je refuse de parler de ma vie privée alors que tout l’album tourne autour de ça. On entend même Lily Rose sur deux morceaux! Mais ce disque, je l’ai fait pour moi, pour Lily Rose, pour Johnny. C’est comme un album-photo qu’on souhaite garder toute sa vie, pour matérialiser une période spéciale de notre existence. Je continuerai à préserver ma vie privée mais je ne veux pas non plus que mon statut de star me vole ce plaisir d’exprimer en chansons le bonheur que j’éprouve actuellement.'

N’avez-vous pas eu peur d’aller trop loin, de trop vous dévoiler ?

`Pendant que j’écrivais les textes ou que les autres le faisaient, le but a toujours été de rester pudique. La question s’est surtout posée avec Lily Rose qui est une berceuse. J’ai failli la mettre en morceau caché sur le CD mais la chanson était trop belle pour ne pas figurer sur l’album.´

“GAINSBOURG EST TOUJOURS PRÉSENT”

Vous avez réalisé plusieurs dessins pour le livret de l’album et c’est Johnny Depp qui a pris la photo de couverture...

(Rires) “Dessiner est un grand mot! Un gosse de quatre ans aurait mieux fait que moi. Bliss est comme un cadeau que l’on offre. J’en étais tellement fière que je voulais aussi réaliser l’emballage. Johnny a effectivement pris la photo qui illustre la cover. Il s’est ensuite amusé sur son ordinateur pour la retravailler.”

Il joue aussi de la guitare sur Bliss.

“Ce n’était pas prévu au départ. Pour le morceau Bliss, il est venu à mon secours car je n’arrivais pas au bout. Nous avons terminé cette chanson ensemble. Pour Saint-Germain, chanson qui parle de notre fille, il a pris sa guitare de manière très spontanée. Pour m’aider. Par amour. Tout simplement...”

Comment s’est déroulée la rencontre avec Mathieu Chédid, alias M?

“J’avais adoré son premier album, Le baptême. Je l’ai appelé et lui ai demandé de travailler avec moi. On s’est tout de suite bien entendus. C’est quelqu’un de très simple et de très talentueux. Soit les deux qualités essentielles pour une collaboration.”

Abordez-vous de la même manière un duo avec Iggy Pop, comme ce fut le cas pour Canal +, et une scène avec un monument du cinéma comme Alain Delon?

"Il s’agit à chaque fois d’expériences différentes. La petite boule dans le ventre, je la ressens avant, lorsqu’on me parle du projet. Sur le moment même, c’est du plaisir. Que ce soit avec Iggy, Delon ou Jeanne Moreau, on partage quelque chose.”

Pensez-vous avoir un don?

(Rires) “J’espère quand même avoir un petit quelque chose, mais certainement pas assez que pour me reposer sur mes lauriers. Je dois travailler. Lorsqu’on a la chance, comme moi, de pouvoir collaborer avec des gens talentueux, on se surpasse toujours. Ça relève le niveau. Ça vous fait progresser.”

Quelle est la rencontre qui vous a le plus marquée?

“Serge Gainsbourg, bien sûr. Ce fut le bonheur total d’enregistrer un album avec lui. Il est toujours présent aujourd’hui. Pas seulement musicalement mais aussi dans ma vie de tous les jours. Vous savez, quand j’ai écrit ce disque, j’avais toujours un recueil de ses chansons avec moi. Je m’y accrochais comme à une bouée. Lorsque je sentais que je risquais de me noyer, j’allais me réfugier dans ses textes. Les gens ne retiennent souvent que le côté provoc’ de Serge. Pour l’avoir côtoyé, je peux vous dire qu’il était d’une grande classe, avec ce mélange unique de tendresse et de politesse. En studio, je le trouvais tellement mignon que j’avais envie de le serrer dans mes bras. Oui, comme un petit garçon... Je ne l’ai pas fait car j’étais trop gênée. Aujourd’hui, je le regrette.”

Dernière question. Vous remontez sur scène en mars prochain. Vous y pensez déjà?

“Pas encore au point d’éprouver le trac. Je dois rassembler les musiciens et travailler sur des nouveaux arrangements. Il me faudra replonger dans mes trois premiers disques, ce que je n’ai plus osé faire depuis longtemps.”

Le nouvel album de Vanessa Paradis: son disque le plus personnel

MADRID Huit ans. Il aura fallu attendre huit ans pour écouter un nouvel album de Vanessa Paradis. En huit ans, beaucoup de choses se sont passées. Mais l’événement le plus important, celui qui marque cet album pratiquement de bout en bout, c’est la naissance de sa fille Lily Rose Melody qu’elle a eue avec Johnny Depp, `son amoureux´, comme elle l’appelle tendrement.
Lily Rose fait l’objet d’une berceuse (La ballade de Lily Rose), inspire Saint-Germain, une subtile ballade bossa, Firmaman où on entend même ses babillages, et suscite également Bliss, le dernier morceau en anglais de l’album, tapissé de cordes et signé Paradis/Depp.
On reste en famille avec When I say, premier titre composé pour cet album par Vanessa qui s’adresse à Johnny Depp tandis que Les acrobates, écrit par F. Monnet, parle de la relation très amis, amisque Vanessa entretient avec ses parents et sa sœur qui “savent tout de ce qui m’apaise et veillent au juste équilibre en moi”.
Précédé par le single Commando, seule référence digne de ce nom aux premiers albums de Paradis, Blissaccueille aussi Bashung sur L’eau et le vin, composition balayée d’envolées arabisantes.
Quant à Mathieu Chédid, alias M, il est crédité sur trois morceaux dont la plus réussie, selon nous, de l’album, Pourtant. Mélancolique, douce comme la passion qui l’attache à Johnny Depp, Pourtantmet en valeur la voix mûre de Vanessa, un orgue Hammond discret mais efficace et des cordes qui donnent à cette composition des airs faussement rétro.

Repères chronologiques


1972. 22 décembre, naissance de Vanessa Paradis à Saint-Maur (France).

1980. Le 3 mai, première apparition télévisée de Vanessa Paradis. Elle interprète Emilie Jolie à L’école des fans de Jacques Martin.

1986. Sortie du premier single de Vanessa Paradis, Joe le Taxi. Son seul tube jusqu’à présent qui a dépassé les frontières des pays francophones.

1987. Sortie du disque Marylin et John composé et arrangé par Etienne Roda-Gil et Franck Langolff.

1989. Premier rôle au cinéma. Elle interprète Marie dans le film Noces blanches. Elle sera récompensée du César du meilleur espoir féminin.

1990. Elle rencontre Serge Gainsbourg. Il en résultera un superbe album mis en musique par Frank Langolff: Variations sur le même t’aime.

1991. Campagne de publicité pour les parfums Chanel. Les photographies sont de Jean-Paul Goude.

1992. Album Vanessa Paradis chanté en anglais et produit par son boyfriend de l’époque, Lenny Kravitz. Cet album sera suivi d’une tournée de plus d’un an.

1994. Sortie de Vanessa Paradis live, témoignage de sa tournée capté à l’Olympia.

1995. Elle tourne Elisa aux côtés de Gérard Depardieu, sous la direction de Jean Becker.

1997. Elle tourne un Amour de sorcière aux côtés de Jean Reno et de Michèle Morgan.

1998. Sortie de Une chance sur deux de Patrice Leconte. Un échec malgré l’affiche prestigieuse (Delon, Paradis, Belmondo).

1999. Le 27 mai, naissance de Lily Rose Melody, la fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp.

2000. 17 octobre: sortie officielle de Bliss, son quatrième album studio. Parallèlement, Vanessa Paradis tourne sous la direction de Terry Gilliam (Brazil), L’homme qui a tué Don Quichotte, aux côtés de Johnny Depp et de Jean Rochefort.

Bosser avec des gens talentueux me motive"

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info