L'homme au Canadair fait tourner sa casquette dès ce samedi 29 novembre

LIÈGE «Allez-y, mettez-la, vous... Ce serait bien, la photo d'une journaliste avec ma casquette, non?» L'offre aussitôt déclinée, Jeff Bodart repose sur son crâne nu la casquette - ou une de ses cousines - qui ne le quitte plus depuis ses débuts, depuis l'époque des Gangsters d'Amour et de leur SOS Barracuda et autre Coûte que coûte.

Mais si le couvre-chef le suit sur scène, les premiers succès restent rangés au rayon des (bons) souvenirs. «Je ne suis pas nostalgique... et je trouve que c'est tellement excitant de chanter ses nouvelles chansons, de les faire découvrir au public, jauger ses réactions.» Premier test donc, ce samedi 29 novembre à la Soundstation de Liège, juste avant le Botanique de Bruxelles, le 5 décembre, et l'Acte 3 de Braine-l'Alleud, le 13 du même mois. «Un petit break s'impose ensuite - période des fêtes oblige -, puis je reprends la tournée dès le mois de février.»

Un public régional pour le Carolo devenu bruxellois? «Non, loin de là! Je ne suis pas vraiment adepte de l'esprit de clocher, et j'espère que mes fans ne le sont pas non plus... Quand je chante à Liège, à Charleroi, Mons ou Tournai, je n'ai pas l'impression d'être un Bruxellois qui chante en province. Je me sens belge francophone avant tout et j'en suis très content, c'est un atout dans ma vie artistique. La Belgique est un pays formidable où le chauvinisme n'est absolument pas cultivé. Il y existe une vraie solidarité entre les artistes, parce que si nous faisons tous notre petite soupe chacun de notre côté, les oreilles sont toujours tournées vers l'extérieur. En fait, il n'existe pas de courant belge mais bien un esprit belge. Extrêmement riche. J'aime comparer la Belgique à un laboratoire: c'est petit, on y a un feed-back immédiat qui permet de voir où on se situe, quitte à rajuster le tir pour ensuite conquérir le monde (rire) ! Avant, à l'époque des Gangsters, mon directeur artistique me disait d'arrêter de crier sur tous les toits que j'étais belge... Maintenant, c'est le contraire: être belge, c'est dans la mouvance!»

Et si le dernier bébé de Jeff n'est pas encore sorti en France - «Mais d'après ce que j'en sais, ça promet de très bien se passer là-bas aussi...» -, cela ne l'empêche pas d'avoir Outre-Quiévrain un public de fidèles. «Ca fait longtemps que je roule ma bosse en France, où j'y ai une espèce de noyau dur, pas des hystériques mais des gens qu'on a appris à connaître avec l'équipe, des fans qui prennent congé pour venir me voir sur la scène belge...»

La scène, un exercice auquel - contrairement à un certain Jean-Jacques qui avoue monter sur les planches avec souffrance et uniquement pour faire plaisir à ses fans - le bientôt quadragénaire se plie avec une certaine délectation, voire avec une délectation certaine. «Ça me paraît insensé, une réaction comme celle de Goldman - même si je respecte profondément le personnage. Parce que si mon premier pied, je le prends quand j'écris, le second vient quand je chante... c'est tellement excitant! Le danger, d'ailleurs, est de tomber dans l'excès inverse: au début, je n'en avais que faire d'enregistrer des disques, je ne voyais pas l'intérêt de recréer superficiellement l'atmosphère que je vivais sur scène... Maintenant, je fais les deux choses différemment - je n'aime pas les artistes qui font sur scène ce qu'ils font en studio - mais dans les deux cas, j'ai trouvé une façon de m'exprimer. Et c'est formidable.»

Comme pour appuyer ses propos, l'artiste explique qu'il livrera au public la totalité des onze titres qui composent T'es rien ou t'es quelqu'un, son nouvel album dont on connaît déjà par coeur les bien diffusés Canadair et Boire, boire, boire. «C'est difficile pour un père de choisir parmi ses enfants... Et en même temps, quand on s'est mis à répéter les morceaux pour préparer la scène, tout marchait tout seul, chaque titre avait sa place...»

© La Dernière Heure 2003