Grâce notamment à un album plus en émotion - qui se fera ressentir sur scène -, Yannick le showman a "l’impression d’avancer dans la vie"…

Artiste engagé, Yannick Noah nous accorde un entretien plein de vérités avant son concert belge.

Il en impose, Yannick Noah. Un peu plus de 1 m 90 et son pesant de muscles. À 54 ans, la décontraction et le sourire qui ne vous inspirent que sympathie, l’artiste reprend le chemin de la tournée. De ses nombreux passages sur les scènes belges, on garde le souvenir de soirées interminables.

Yannick Noah est un showman, et malgré une certaine timidité (si, si,…), il aime jouer les prolongations en chanson. "Quand je mets mon habit de lumière, je suis un autre. Qui est forcément une partie de moi. Parce que j’aime les gens. Quand je jouais au tennis et que je gagnais un match, la première chose qui m’intéressait, c’était de voir si les gens étaient contents."

Vous vous amusez plus sur scène que sur un court de tennis ?

"Ah oui ! Je m’éclate plus sur scène, c’est le but. Un artiste qui est dans son élément et qui est dans le plaisir, ça se ressent tout de suite. Par contre, maintenant, quand je joue, je suis dans le plaisir, dans les matches de vieux ! Ce n’est plus la compétition. Si j’avais joué au tennis sans lignes, sans filet et sans arbitre, je pense que ça aurait été à peu près comme ça. D’ailleurs, j’avais un court comme ça à la maison, j’avais gardé le filet mais j’avais retiré les lignes !"

Le mental de sportif vous aide dans votre métier d’artiste ?

"Oui. Au moment où le match commence, le joueur doit donner le meilleur de lui-même, tout le temps. Et ça, c’est dû à une préparation physique, morale,… Durant les matches de Grand Chelem, j’avais l’impression de jouer ma vie. Tu t’y prépares, parce que tu as la trouille. Ça dure 10 ans. Le jour où je me casserai la pipe, il y aura une image de moi gagnant Roland-Garros ! (Yannick a un large sourire.) Bien sûr que l’athlète que j’ai été aide tous les jours l’artiste que je suis aujourd’hui, parce que je suis très rigoureux dans la préparation."

Vous vous êtes toujours exprimé très librement. Au point qu’aujourd’hui on pourrait croire que vous payez vos prises de position contre l’extrême droite (notamment avec le titre Ma colère). Votre dernier album a moins bien marché que les autres…

"D’un album à l’autre, on se pose mille questions. Et à un moment donné, on prend une décision et on y va ! Chanter une chanson contre le Front national, c’était le moment pour moi. Une question de survie personnelle ! (Il sourit.) Ça aurait été tellement plus simple, dans une vie qui n’est pas la mienne, de rester dans mon petit coin et ne rien dire. Je pense que peut-être certaines personnes dans mon public ne se sont pas retrouvées dans ces chansons-ci. Et sincèrement, je pense que la crise touche tout le monde. Et je le prends tout à fait bien dans le sens où je fais partie des privilégiés de pouvoir encore faire des tournées et de pouvoir vivre de mon métier. Si c’était à refaire, cette prise de position, je le referais bien entendu. Sans regret ! Je dis ce que je ressens à travers mes chansons, je ne pense pas que je vais changer des vies. Mais je ne donne pas de leçon !"

Il n’y a pas quelque chose de bizarre dans le fait qu’aujourd’hui on semble découvrir que vous luttez contre le Front national alors que vous l’avez toujours fait ?

"Certains n’attendaient que ça ! Je lis vaguement ce qui se dit sur moi, et il y avait une volonté. Ma colère c’était l’occasion rêvée. J’aurais chanté Ma tristesse ou Ma joie, vous sentez bien qu’à un moment, ils sont prêts à vous flinguer. Vous vous tenez droit et vous gardez votre dignité. Je suis devenu leur cible ! Les gens qui votent pour le Front national sont nombreux et leur truc, c’est d’essayer de casser tout. Et tout le monde. J’en fais partie. Et je suis fier de ça !" (Sourires.)

C’est plus dur de s’exprimer librement aujourd’hui ?

"Oui, c’est dur. Les gens populaires, ce sont ceux qui ne disent rien."

Ce nouveau spectacle, emmené par le dernier album (Combats ordinaires) de l’artiste virevoltant, prend une autre dimension. Car "un nouvel album ce sont de nouveaux sentiments. Quand on part en tournée, on s’imprègne des chansons, des histoires, on les vit. Et on veut que le public les ressente aussi. Mon dernier album est assez différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent, je me livre un peu plus, c’est plus personnel. Les chansons sont plus intimes dans l’intention mais aussi dans le fond. Et forcément ça donne un spectacle différent où j’ai l’impression de me livrer beaucoup plus. Notre force jusqu’à présent, c’était la fête, la couleur. Il y a toujours de ça, parce que ça fait partie de nous, mais il y a autre chose."

Quelque chose du domaine de l’émotionnel, jamais visité auparavant sur scène. Yannick Noah sourit à l’évocation de cet aspect de sa personnalité que sa pudeur l’empêchait d’exploiter. Il a découvert que "c’est agréable de chanter une chanson d’amour. Je ne l’avais jamais fait, et ça fait du bien…"

Pas facile de dire je t’aime

"Tout relève du domaine de la pudeur. Il y en avait déjà les premiers jours au niveau du fait même de me retrouver sur scène. C’était un peu contradictoire. On me dit : Avant tu te retrouvais sur le central, en short. Mais ce n’est pas du tout pareil. J’avais ma raquette à l’époque, j’allais partout avec. Dès le début, mes cours de chant consistaient à travailler sur ma timidité. Chanter entre copains ça va, mais devant plus de gens… Et puis, chanter quoi ? Dans un premier temps, c’était beaucoup plus naturel, et c’était certainement une forme de protection et ce n’est peut-être pas un hasard si ma première chanson c’était Saga Africa. On a continué, on a surfé sur cette vague pendant un petit temps. Jusqu’au moment où les chansons qui me touchaient, j’ai eu suffisamment confiance en moi pour les exprimer sur scène. C’est une sorte de thérapie. C’est pas facile de dire aux gens qu’on aime, qu’on les aime." Yannick Noah, le sourire - qu’il a magnifique - accroché aux lèvres, s’amuse de lui-même. Avouant être "en constante thérapie. Je cherche…".

Oui, mais quoi ? "On cherche un équilibre dans nos vies, on essaie au jour le jour d’aller un petit peu mieux. C’est un travail. Je me sens vraiment privilégié d’avoir cette opportunité d’apprendre à exprimer des sentiments comme ça parce que, de là où je viens, mon parcours, ça n’a pas été ça. J’ai vécu tout seul quasiment toute mon enfance, à essayer de montrer que j’étais le plus fort, intouchable. Et j’ai toujours eu en moi une sensibilité que j’arrive aujourd’hui à exprimer. Au quotidien, forcément. Mais aussi à travers mon art. J’ai l’impression d’avancer dans ma vie…"

Yannick Noah en concert le 6 décembre au Palais 12 du Heysel. Réservations : 0900/00.456 ou sur www.c-live.be