Un premier album signé par Besson pour la chanteuse belge


PARIS Ce n'est pas tous les jours que Michel Denisot et ses camarades du Grand Journal , sur Canal+, ouvrent leur plateau à une jeune chanteuse belge qui sort un premier album. Il faut dire que la jeune femme a du tempérament ("Je peux être très chiante" , dit-elle plus prosaïquement), du talent et un fort joli disque à défendre, maintenant qu'existent sur CD des chansons qu'elle a rodées sur scène pendant de longs mois. C'est d'ailleurs sur les planches que son producteur la repère. Zoé, installée à Paris par amour (bon, elle est la compagne de Rick Allison. Ils ont ensemble une petite fille, Leeloo, comme ça, c'est dit), y joue au Divan du Monde. Une jolie salle, pas très grande, où un émissaire de Luc Besson a le bon goût de passer une soirée. Il en parle au nabab du cinéma français et, bingo, notre compatriote devient la première à être signée sur le label Europa Corp.

"Jusqu'ici, il n'y avait que des bandes originales de films" , confirme-t-elle. "Et à l'avenir, il n'y aura que moi. Non, je rigole. Encore que je fais très attention à ne pas être entourée par n'importe qui. "

À l'autre bout du fil, l'espiègle Zoé se marre. Parce qu'elle est d'humeur joyeuse et un peu aussi parce qu'elle aime à cacher sous les éclats de rire la gravité qui l'habite. Une poésie que l'on découvre sans impudeur mais sans langue de bois sur le DVD qui accompagne (forcément puisqu'il est sur l'autre face) l'album Tout va bien . Et une profondeur plutôt rare chez une jeune femme de son âge. "Devenir maman, c'est sûr, ça a changé ma vie", confie-t-elle encore. "Tout à coup, les priorités changent, certaines valeurs, aussi."

La chanson qu'elle offre à sa propre mère est bouleversante. La boucle - celle-là, en tout cas - est bouclée. Pour autant, Zoé ne chante pas le vague à l'âme et les crises existentielles des trentenaires suicidaires. Elle, si elle consulte, c'est justement parce que "Tout va bien, tout va bien" et que ça l'angoisse. "La bourgeoisomanie", comme elle appelle ça. Un pied de nez, qu'elle a charmant, à ces faux problèmes qui vous pourrissent la vie pour de vrai. Ce qui l'angoissait un peu, quand même, c'était de transposer sur un disque les émotions qu'elle avait pu, au fil du temps, faire naître sur scène. "La couleur de l'album est davantage guitare et d'influence anglo-saxonne, dit-elle. On a perdu le côté cabaret et théâtral de la scène."

Pour gagner en douceur. En douceur et profondeur, comme dirait Arno avec lequel elle partage un joli duo. "Qui, à part lui ?" , s'amuse-t-elle. "Au départ, ce n'était pas prévu comme un duo, mais quand l'idée est venue, j'ai vraiment eu envie qu'il accepte."

Un 45 tours à dix ans

Ce qu'il a fait. Re-bingo. Sur le making-of de Tout va bien , on la voit encore s'inquiéter de l'avenir de la planète, pleurer, rire, refaire mille fois la même prise, douter, essayer. On la voit enceinte et puis plus. On la voit le visage à nu puis femme fatale et sophistiquée, le temps d'une séance photos. On en voit mille, de Zoé, qui se superposent pour faire cette chanteuse dont on aimerait que le talent soit reconnu d'urgence. Elle est moins enragée. Elle sait que l'attente est une vertu, elle l'a mise en pratique pendant des années. Quand on a enregistré un premier 45 tours à dix ans (Girouette le caméléon ), on connaît le milieu ! Puis il y a eu le Conservatoire, la Biennale de la chanson française (qu'elle gagne à 19 ans), les tournées de Maurane, comme choriste. Aujour-d'hui, il y a Zoé, toute seule comme une grande. Très bien entourée, mais toute seule quand même. Comme on ne dit pas à Paris, elle sait là contre . Et comme elle le dit fort joliment : "C'est tellement ça, la vie" ...

Zoé, Tout va bien (Pias).



© La Dernière Heure 2006